Le label église verte

Il y a un an le label Église verte était lancé. Il connaît un vif succès. Robin Sautter, membre du comité de pilotage, mandaté par la Fédération protestante de France, nous explique pourquoi et quelle est la démarche à suivre pour les communautés qui voudraient y prendre part.

 

Robin, d’abord, comment est né le label Église verte ?

 

Il est né dans la foulée de la COP 21. Au cours de l’année 2015, les Églises, catholiques et protestantes, ont été sollicitées par leurs Églises sœurs internationales qui leur ont demandé ce qu’elles avaient prévu de faire pour cet événement. Cette interrogation nous a amenés à travailler ensemble. Ensuite, puisque le groupe existait, nous avions envie de poursuivre, notamment pour que cela ait des conséquences concrètes sur le plan ecclésial.

 

Quels sont les objectifs du label ?

 

Le but est de fournir un outil pratique aux Églises locales pour les aider à démarrer. Souvent, les communautés sont prises de vertige devant les enjeux globaux, tant sur le plan spirituel que pratique. Nous souhaitions offrir aux paroisses une méthodologie pour aborder ces sujets tellement complexes et angoissants. Puis, de les emmener à agir. Dans la société, tout le monde commence à changer son comportement (entreprises et particuliers). Et les paroisses ? L’idée est de faire au moins autant que n’importe quelle autre structure collective de notre société.

 

La démarche étant œcuménique, j’imagine qu’il y a eu des discussions sur certains sujets…

 

On s’est assez vite mis d’accord sur la méthodologie : élaborer un questionnaire d’audit pour les « paroisses » en s’inspirant de ce qui avait été fait par ecochurch, porté par A Rocha en Grande-Bretagne. Après, nous avons eu quelques difficultés sur la traduction du questionnaire, surtout sur le plan ecclésiologique. Au lieu de paroisse, par exemple, nous avons opté pour le terme « communauté », de manière à nous adapter aux appellations propres à chaque confession et pour éventuellement inclure les communautés, œuvres et mouvements. Le questionnaire a aussi soulevé la question de la personne qui pouvait être à l’initiative de la démarche. Pour nous, c’est le CP, mais côté catholique, il fallait trouver un équivalent. Il y a eu aussi un débat entre les tendances évangéliques et libérales qui traversent nos confessions. Il y a toujours le risque un peu moral côté évangélique et le risque d’intellectualisation et de non-engagement côté libéral. Un exemple. Dans le comité de pilotage, le président d’A Rocha souhaitait mettre dans le questionnaire : « Est-ce que vous priez pour des enjeux écologiques locaux ? » Les libéraux et les catholiques progressistes étaient très mal à l’aise à cette idée pouvant laisser penser que la prière pouvait se substituer à l’action concrète. Mais il a fini par nous convaincre en soulignant que prier pour quelque chose de lointain, la forêt amazonienne, par exemple, cela ne nous engage pas. Prier pour le contournement autoroutier de Strasbourg (ou autre sujet local), ce n’est pas prier pour ou contre, mais prier pour qu’une issue soit trouvée et pour que Dieu accompagne la décision.

 

Quelle est la démarche du label Église verte ?

 

La première étape, c’est d’aboutir à une décision du CP. On ne remplit pas le questionnaire avant. Il faut prendre le temps de la discussion. Ensuite, nous considérons que la décision du CP signe la porte d’entrée dans le label Église verte. Après, le CP nomme un groupe de travail pour remplir le questionnaire. Attention : le groupe de travail n’est pas le club des écolos de la paroisse ! Le questionnaire est transversal, touche à toute la vie de la communauté et donc à toutes les facettes de la question environnementale. Cette étape permet de faire un état des lieux de la paroisse et d’envisager deux ou trois actions à mener à court terme (sur 1 an). Chaque année, on fait le bilan et on remplit à nouveau le questionnaire pour élaborer de nouveaux objectifs.

 

Où en est-on aujourd’hui ?

 

D’abord, nous avons remarqué que, dans de nombreux endroits, il y a des synergies œcuméniques autour de la démarche. Le président de la Fédération protestante de France, François Clavairoly, avait raison de dire qu’il y a là un nouvel œcuménisme de terrain, après l’ACAT, la mission, l’accueil des réfugiés. Très concrètement, un an après, il y a 208 communautés engagées : 70 % catholiques, 25 % luthéro-réformées, 4 % évangéliques, 1 % orthodoxes ou œcuméniques. C’est beaucoup plus que ce que nous avions prévu. Nous sommes donc un peu débordés. Nous n’avons que deux mi-temps salariés, dont un qui s’occupe d’accompagner les communautés. Cela nous amènera probablement à augmenter le temps salarié dans les années à venir.

 

Rencontrez-vous des résistances ? Si oui, sur quels sujets ?

 

Oui. De divers ordres. Mais avant, il me faut évoquer des difficultés pratiques : beaucoup de communautés se sont déclarées intéressées, mais peinent à trouver la ressource humaine pour s’impliquer. Il y a d’abord une résistance d’ordre théologique : quelques personnes, en overdose d’écologie, regrettent que l’Église copie le monde. Mais cette optique est assez marginale. La résistance théologique porte aussi sur la démarche elle-même. Certains théologiens estiment qu’elle s’apparente à une tentative d’autojustification humaine. Ensuite, il y a une résistance ecclésiologique. Certaines personnes craignent une mise en concurrence des Églises. La résistance fut enfin d’ordre écologique. Il est vrai, sur ce point, qu’il n’y a pas de structures de contrôle.

 

Le site label Église verte propose des outils

 

Oui, il y a des ressources sur lesquelles s’appuyer. Il y a notamment des fiches pratiques qui sont classées par rubrique du questionnaire. Elles aident à la mise en œuvre des actions qui auront été discernées. Cela peut être des fiches liturgiques, des conseils pratiques sur le transport, le chauffage…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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