Le Serviteur souffrant ou la préfiguration du Christ

L’écrivain Georges Semprun a publié en 1994 « l’Écriture ou la vie ». Pourquoi avait-il attendu aussi longtemps pour publier ce récit des camps de la mort ? Parce qu'il faut du temps pour pouvoir dire l’indicible. Il en fut exactement de même pour les premiers chrétiens.

Comment se fait-il que dans la vie et dans la mort de Jésus de Nazareth, Dieu se dise de manière ultime ? Comment se fait-il que dans la vie de cet homme, dans ses gestes et ses paroles, Dieu se soit exposé comme jamais ? Pour répondre à cette question, les premiers chrétiens ont décrit plusieurs trajectoires. Daniel Marguerat en évoque au moins quatre : celle de Jésus le Seigneur de l’à-venir qu’on attend, celle de l’homme au pouvoir surnaturel qui fait des miracles, celle de Jésus le sage parmi les sages et la trajectoire du juste relevé d’entre les morts.

 

 Dieu dans le juste qui souffre

 

C’est ce dernier mouvement qui pose le plus de problèmes. Comment dire que Jésus est bel et bien le Messie attendu par Israël et que cette certitude s’enracine dans le fait que cet homme est mort et qu’il est mort de façon ignominieuse ? Comment faire passer un tel message ? C’était en effet contraire à tout l’imaginaire de Dieu et cela le reste très largement encore aujourd’hui.

 

Les chrétiens ont dit ce message impossible en relisant les psaumes du juste souffrant, en particulier le psaume 22 : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », mais aussi le chant du serviteur souffrant d’Ésaïe : « Il était celui qu’on dédaigne, celui qu’on ignore, la victime, le souffre-douleur. Nous pensions que c’était Dieu qui le punissait. Pourtant, il n’était blessé que du fait de nos crimes. Il s’est laissé maltraiter sans protester, sans rien dire, comme un agneau qu’on mène à l’abattoir. On l’a arrêté, jugé, supprimé. Mais le seigneur approuve son serviteur accablé et il a rétabli celui qui avait offert sa vie à la place des autres » (versets 1 à 10).

 

Dieu est-il dans l’homme condmné à la croix ?

 

(c) Krysztof (Kriss) Szkurlarowski freeimages.comm

 

Dieu sur le bois de la Croix

 

L’apôtre Paul ne dira pas autre chose en disant que la clef de compréhension de la vie de Jésus se joue à la croix et que dans l’extrême fragilité d’un corps pendu au bois, Dieu se dit. Impossible message ? Oui, mais qui trouvera sa réponse à Pâques ! Car Pâques, est le moment de la réhabilitation de Jésus qui place Dieu du côté de la victime et non du bourreau. Dieu donne tort à l’accusation de blasphème. Pour comprendre cela, il fallait une structure théologique : ce fut le chant du serviteur souffrant d’Ésaïe. Extraordinaire message. Car celui qui a été révélé comme le Serviteur ou le Fils, c’est celui qui avait perdu toutes qualités qualifiantes devant les hommes. Or, c’est celui-là que Dieu a révélé comme son fils. Intéressant, car nous apprenons que Dieu se révèle comme le Père qui reconnaît les personnes Il n’est pas le Dieu des qualités, mais le Dieu des personnes comme dirait Blaise Pascal. Le sens de la mort de Jésus se trouve ainsi dans la révélation de la reconnaissance inconditionnelle de Dieu pour les personnes, révélées en Jésus-Christ. Quelle promesse magnifique ! À nous de l’accueillir dans la confiance.

 

 

 

 

 

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