La case « théologie féministe » : Une autre manière d’enfermer les femmes ?

Céline Rohmer a été pasteure dans le Gard. Après avoir soutenu un double doctorat, elle a été responsable de l’enseignement à distance de l’Institut protestant de théologie (IPT). Elle y est aujourd’hui maître de conférences en Nouveau Testament.
La case « théologie féministe » : Une autre manière d’enfermer les femmes ?

Céline Rohmer @IPT

À la sortie de la maîtrise, imaginiez-vous ce parcours ?

 

Jamais je ne me serais imaginée au poste que j’occupe ! J’ai répondu à un appel qui me destinait au ministère pastoral. Mais en fait, ce poste – enseigner et participer à la formation des futurs pasteurs -, c’est une déclinaison de mon ministère ! Il n’a de sens pour moi que parce que je le vis comme ça. La recherche pure ne m’intéresse pas et je n’ai aucune ambition universitaire. Dans mon Église, je sers l’Évangile de cette manière-là. Je souhaite donner aux étudiants le goût des textes : qu’ils découvrent en eux un puits sans fond – d’inspiration, de consolation, d’encouragement. Qu’ils entrent en dialogue avec les textes, parce que la parole qui s’y donne est inépuisable.

 

Être une femme en exégèse, est-ce pour vous important ou indifférent ?

 

Ni l’un ni l’autre ! Je suis trop attachée à la reconnaissance de l’individu et à la singularité de nos existences pour parler en tant que femme. Car je ne suis pas construite que par cela. Je m’intéresserai à la théologie féministe le jour où des hommes la produiront ! En revanche, ce dont je fais l’expérience, c’est que la place des femmes dans l’exégèse biblique n’est pas vraiment acquise. On voit bien que « ça coince » quand c’est une femme qui a une parole d’autorité sur les Écritures. Il faut démontrer qu’on est capable de le faire… et c’est lassant. D’ailleurs, le paysage des exégètes francophones est sacrément masculin. Alors, ranger les exégètes femmes dans la case théologie féministe, c’est encore une manière de les enfermer.

 

Votre premier livre, sur les paraboles de l’évangile de Matthieu 1, a reçu un prix. Quelles en ont été les suites ?

 

Cela m’a valu des interventions dans les Églises, des occasions de prêcher… Les paraboles, c’est génial, parce que ça marche à fond ! En écrivant ce livre, j’ai voulu reprendre la matière de ma recherche de thèse pour la rendre utilisable en Église. Car, pour moi, le geste final de l’exégèse, c’est la prédication. Je pense avoir une approche très existentielle et très pastorale des textes, dans le sens du souci d’interpréter. Comprendre un texte n’est pas tout… il faut l’interpréter aussi. Je crois qu’on peut tout savoir d’un texte sans avoir rien à en dire. Là, notre Église a une spécificité. Dans notre société, on a des domaines hyperspécialisés, mais où produit-on du discours qui soit éclairant pour les gens ? L’exégèse est un îlot de gratuité. C’est un travail, parfois un combat… mais au bout, il peut arriver ce moment de grâce où le texte dit quelque chose qui fait tenir debout. Dans les enseignements à distance, les cours décentralisés, les gens viennent chercher cela. C’est ce qui fait que je suis ministre de l’Église !

 

 

1 Céline Rohmer, Quand parlent les images. Les paraboles dans l’Évangile de Matthieu, Olivétan, 2017.

Quand parlent les images. Les paraboles dans l’évangile de Matthieu, Céline Rohmer

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