Le pasteur Hope Nénonéné lors d’une célébration © Vincent Perron
C’était un matin de fin d’été. Le temps était doux et légèrement venteux. Ce qui me donnait une sensation de froid qui m’était inconfortable. En effet, je venais de débarquer de mon Togo natal, il y a de cela à peine quelques jours. Bien des années sont passées depuis lors. Mais jusqu’ici, je suis incapable de dire avec certitude qui, de la solitude ou de la curiosité ou encore des deux, m’ont décidé ce dimanche matin-là à pousser la porte du temple le plus proche. À l’évidence, la proximité du temple y est pour quelque chose, sans aucun doute.
Le cœur battant, j’ai poussé la grande et lourde porte du temple : Je me suis senti encore beaucoup plus petit que je ne le suis déjà. Tout était à sa place, bien rangé et mis en valeur par un éclairage bien étudié pour mettre tout de suite à l’aise et favoriser célébration, adoration et recueillement. Surpris sans doute par mes hésitations, le pasteur, interrompant sa discussion avec un couple d’un âge certain tous les deux, me sourit, regarda furtivement sa montre et m’indiqua de sa main les places libres où je pouvais m’assoir.Et des places, il y a en avait ! J’avais l’embarras du choix. Nous sommes à quelques minutes du début du culte et pourtant,il y a
toujours de la place. Il y a longtemps que je n’ai pas vu ça ! Chez moi, ce sont les places qui manquent ; il arrive même que l’on passe des heures au culte, en équilibre sur la partie la plus congrue de son postérieur… Et même qu’ici, je peux m’amuser à compter sans effort, sur le bout de mes petits doigts, les paroissiens présents : six au total, y compris le pasteur. C’est étonnant ! Et moi, naïvement, je me disais qu’ils vont finir par arriver en masse les paroissiens, et qu’ils seront tous là, jeunes et moins jeunes, juste à temps, avant que le culte ne commence… Car en France, j’en suis convaincu, on ne peut pas se permettre d’être en retard. Les retards, les cultes marathons, les cérémonies qui traînent en longueur et qui ne finissent jamais, ce n’est pas pour les Blancs. Les rencontres dont on sait quand ça commence, sans avoir aucune idée de quand ça finit, c’est pour nous, les Noirs… C’est au Togo qu’on voit ça… ici c’est la France…
J’étais encore dans mon rêve et mon espoir de voir le temple rempli à temps, les jeunes bien endimanchés et aussi nombreux que possible, les femmes extraordinairement drapées de pagnes aux couleurs éclatantes, les enfants insouciants et aux pas mal assurés, courant dans les allées, l’ambiance chaleureuse des cantiques chantés avec entrain, rythmés au son de tam-tams et autres fanfares et boîtes à musique, quand la voix du pasteur me ramena brutalement à la réalité.
En l’espace d’une heure chrono, le culte a été plié. C’est à ce moment précis, que j’ai réalisé que j’ai vraiment changé de contexte : une révélation en quelque sorte ! Ma conviction, dès lors est faite : chacun va à Dieu tel qu’il est, dans un langage qui lui est propre ; un langage fait d’éléments à la fois historiques, sociaux, culturels et spirituels : Quels que soient le contexte et les différences, c’est Dieu lui-même qui vient toujours, le premier, à notre rencontre.
