Pour une justice restaurative

Les chrétiens, depuis le commencement de l’Église, se préoccupent de ceux qui sont en prison. L’apôtre Paul est le premier auteur de l’Antiquité à vivre les chaînes de la détention, non comme une infamie, mais comme une épreuve pour l’Évangile. Paul fait de la souffrance et de l’humiliation de sa détention la preuve de sa soumission au Seigneur.

La prison dans le monde gréco-romain était le signe d’un abandon total par les dieux et les hommes et beaucoup de nouveaux convertis au christianisme ont sincèrement dû douter de la pertinence de la prédication de Paul quand celui-ci s’est retrouvé en prison. Il n’est donc pas exagéré de dire que l’attention portée au détenu est le fait de la toute première Église chrétienne et, qu’en dehors de la chrétienté, le monde de la prison et les prisonniers n’intéressaient guère le monde païen et les autres religions. Le concile de Nicée en 325 instaure des procuratores pauperum chargés du service aux pauvres et de la visite aux prisonniers.

 

Pour une nouvelle forme de justice (© CC0 Public Domain)

 

 

 

La prison comme lieu de transit

 

La prison n’a longtemps été qu’un lieu de transit ou de réclusion : le prisonnier attendait là, soit son exécution, soit une relégation aux galères ou au bagne. Il faut attendre le XVIIIe siècle pour qu’un débat s’engage sur la nécessité de proportionner la peine à la faute et de formaliser le droit pénal contre l’arbitraire le plus total. Le temps passé en prison devient une peine à part entière à partir de la Constituante de 1790 et la rédaction du Code pénal.

 

Pour les humanistes qui ont participé aux débats de la Constituante, la peine efficace doit être recherchée dans la privation multiple des jouissances dont la nature a placé le désir dans le cœur de l’homme. La peine ne sera plus ramassée dans le moment intense du supplice, mais s’étalera dans la durée et devra permettre la venue du changement et de la conversion. À la base de la nouvelle pénalité, il y a une conception philosophique optimiste de l’homme. L’Église a accompagné cette conception de la peine et le prêtre-aumônier est un personnage central du dispositif carcéral en encourageant la conversion des cœurs et l’amendement du coupable.

 

 

Un temps de rencontre avec soi-même

 

Aujourd’hui, si les conditions matérielles de détention se sont améliorées par rapport au XVIIIe siècle, en revanche nous avons peine à imaginer une autre manière de punir que la prison qui reste toujours la peine de référence plus de deux cents ans après la Constituante. Ce temps de « rencontre avec soi-même » que doit être la détention imaginée par les humanistes ne fonctionne pas pour deux raisons au moins. La première, c’est qu’actuellement en Maison d’Arrêt la promiscuité entre détenus est telle qu’aucune intimité physique ou intellectuelle n’est possible et, la seconde, c’est qu’une peine est toujours du temps suspendu sur du vide sans projection dans l’avenir.

 

Une autre manière d’envisager la peine serait de dire que le délit ou le crime n’est pas seulement une infraction à une loi, mais des liens que l’on brise. Lien avec la victime, lien avec sa famille, lien avec la société. La peine devrait avoir comme objectif de restaurer ces liens brisés. C’est ce que propose la justice restaurative, concept né dans les années 1970 aux États-Unis, qui se propose de mettre en dialogue tous les protagonistes d’une affaire criminelle ou délictueuse pour repenser la relation dans l’avenir. L’objectif n’est pas de remplacer la justice pénale traditionnelle, mais de contribuer au dépassement des identités figées. La victime n’est pas destinée à rester une éternelle victime et l’infracteur un éternel coupable. Cette justice s’apparente au principe biblique du shalom, selon lequel toute justice doit contribuer à l’harmonie sociale (le shalom) et que l’horizon de la peine doit être évalué en fonction de cette harmonie retrouvée, et non en fonction de l’intensité de la souffrance que l’on fait subir au coupable, en imaginant que cette souffrance sera rédemptrice pour l’homme et pour la société. Un grand sujet théologique dont nos Églises devraient s’emparer, car il est au cœur de la nouvelle pénalité à venir.

 

 

 

 

 

 

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