Échec et conséquences du synode 1938

Avec la naissance de l’Église protestante unie, le choix n’a pas été la fusion, mais bien l’union, laissant vivre deux expressions de la foi dans la même union d’Église. Ce modèle pourrait aller plus loin. Il s’agirait de laisser coexister une pluralité d’expressions qui s’assumeraient pleinement comme différentes.

Au synode national de 1872, le délégué Matthieu-Jules Gaufrès écrivait une lettre au synode en faisant le constat suivant : « La conséquence de la disparition de la vie chrétienne est que l’Église a perdu sa raison d’être, et qu’elle tombe de toutes parts en dissolution et en ruines […] elle n’a plus la force de s’assurer la fidélité des familles qui lui étaient dévouées. Approchez-vous des hommes qui l’aiment et la servent encore, qui sont les premiers à son culte, ou à la tête des œuvres qu’elle patronne, et demandez-leur où sont leurs fils. Ils sont sans doute à leur travail, à la Bourse, à l’usine, aux bibliothèques, – ou bien à leurs plaisirs, au bois, aux courses, à la campagne ; ils ne sont pas où se réunissent les fidèles. […] Ce sont donc les jeunes générations qui s’éloignent du foyer de l’esprit chrétien. Grand malheur qui semble annoncer le dernier de tous : la mort elle-même ; mais trop juste châtiment ! car nous n’avons pas fait ce qu’il fallait faire pour conserver nos enfants à l’Église, et, à vrai dire, nous nous sommes peu souciés de leur transmettre cette meilleure partie de notre héritage. »

 

Sans changer une seule lettre, ce constat pourrait être le nôtre. Constat qui nous plonge dans le pessimisme, et pour certains dans le défaitisme. Mais nous pouvons y voir une source d’encouragement. S’il y a presque 150 ans, on pensait l’Église fichue, il y a de l’espoir pour nous qui pensons la même chose ! Si nous savons réagir !

 

Ce synode de 1872 a marqué profondément la famille des réformés. S’affrontent deux courants théologiques : les orthodoxes (évangéliques) et les libéraux. L’issue est la séparation et l’existence de deux Églises différentes. Il faut attendre le synode de 1938 pour voir l’unité à nouveau se faire.

 

 

Mathieu-Jules Gaufrès,

 

un vieux portrait pour un message moderne (© DR)

 

L’échec de l’union de 1938

 

Le problème de cette unité est qu’elle a pris la forme d’une fusion. On fusionne ce qui s’oppose, on crée une Église qui se veut et l’un et l’autre. Pour effacer les divergences et les différences, on cherche le compromis, ce qui, a minima, est acceptable par les uns et par les autres. Certes on laisse la liberté à chacun de s’exprimer, de mettre en avant ses couleurs, mais au lieu d’avoir deux théologies différentes, qui pourraient être complémentaires dans le témoignage, on crée une sorte de troisième voie, une voie médiane de compromis. Cette théologie de l’entre-deux a deux conséquences pour l’aujourd’hui de notre Église.

 

La première est l’affadissement de son message. Certes, il y a une certaine forme de libéralisme ou de « modernité » qui permet à notre protestantisme de donner cette image d’une Église inscrite pleinement dans les réalités du monde, il y a aussi un certain conservatisme doctrinal qui se traduit notamment par le langage utilisé et les formules théologiques qui n’ont guère changé en plus d’un siècle.

 

Car, et c’est la deuxième conséquence, les différences théologiques n’ont pas été effacées par la fusion de 1938. Aujourd’hui, elles refont surface avec la violence des querelles que l’Église a pu connaître au XIXe siècle.

 

 

Perspectives

 

Il faut se rendre à l’évidence, il ne peut y avoir une seule expression de la foi et si on est un tant soit peu attaché à la liberté de conscience, il faut admettre que chacun a sa vérité et qu’elle ne peut se résumer pour tout le monde en une seule formule ou déclaration de foi, même votée par un synode uni.

 

Si l’Église veut continuer à parler au plus grand nombre, car c’est sa vocation de parler à l’universel, il lui faut accepter et assumer ses divisions.

 

Ces divisions ne devant pas être source d’exclusion, mais de complémentarité et de dialogue.

 

C’est sans doute à ce prix que notre foi ne sera pas affadie et qu’elle pourra transmettre à nouveau « son flambeau, comme celui de la vie, de génération en génération si sa flamme est plus intense, et brille de tout son éclat. »

 

 

 

 

 

 

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