Vous ne trouverez pas de tableau en poussant les portes du temple de Dijon. Tradition réformée calviniste. C’est un lieu à l’architecture sobre, au style épuré, où aucune peinture n’est accrochée aux murs, aucun vitrail porteur de décorations(1).
Non loin du temple de Dijon, la cathédrale Saint-Bénigne de Dijon est l’occasion de belles découvertes. Les tableaux que l’on peut y admirer sont, pour l’essentiel des saisies révolutionnaires provenant des églises et des couvents voisins. Ils datent des XVIIe et XVIIIe siècles. Beaucoup sont des copies réalisées par des grands noms de la peinture.
Une toile du XVIIIe siècle, peinte à l’huile, est entourée d’un magnifique cadre en bois sculpté doré orné de feuilles d’acanthe, de rameaux fleuris et de palmettes. Elle a pour titre L’Ascension et a été attribuée à Jean-François Barnou, membre de l’Académie Saint-Luc à Paris, une communauté de peintres et sculpteurs dotée de chaires d’enseignement. L’œuvre est datée de 1757, selon un manuscrit de François Devosge. Objet classé au titre des monuments historiques, sa taille est imposante : 3,58 m de hauteur et 1,58 m de largeur.
La composition s’organise autour d’un axe allant du monde terrestre quitté par Jésus au monde céleste qui l’accueille. Cette ligne relie par un jeu de gestes et de regards le Christ, la vierge Marie et les apôtres.
La plupart des personnages sont dans l’ombre, exceptés quatre d’entre eux : Marie, vêtue d’une robe blanche et d’un manteau – le parallèle ou la continuité avec les vêtements du Christ frappent : ils sont exactement dans les mêmes teintes – ; un homme à la barbe blanche ; un second vêtu d’une robe couleur rouge garance ; le dernier porte une robe jaune ocre. Tous assistent à l’enlèvement de Jésus, avec la tête en l’air, les yeux tournés vers le ciel. Leurs visages expriment des émotions fortes : tristesse de devoir dire au revoir, crainte de poursuivre leur chemin sur terre sans Jésus ?
Spectateurs de l’ascension, Jésus les regarde une dernière fois et leur adresse un geste de bénédiction de sa main droite. Le corps du Christ paraît stationnaire, suspendu dans les airs, pour souligner qu’il veillera sur eux. Le geste du Christ est dirigé vers sa mère, qui est au centre du groupe des disciples, pour signifier selon la théologie catholique romaine que la bénédiction est pour l’Église entière. Le Christ monte au ciel rayonnant de lumière, le bras gauche tendu et la main en supination.
Au centre de la toile semble se déployer en profondeur un chemin ou une rivière serpentant au creux d’une vallée où l’on distinguerait au fond un mur (Jérusalem ?), à droite une montagne.
Accrochée dans le « sanctuaire » derrière le maître autel de la cathédrale, cette œuvre imposante y prend toute sa place. La luminosité dégagée en ce lieu du fait des hautes fenêtres en verre blanc permet aussi de mieux l’apprécier.
© Aimé Galdin
L’Ascension
(1) Pour le réformateur Jean Calvin, l’image ne joue aucun rôle dans la piété et l’interdit biblique du second commandement « Tu ne te feras pas d’images… » (Exode 20.4 ou Deutéronome 5.8) est l’un de ceux qui a le plus marqué la mémoire protestante.
Avant Calvin, Martin Luther, tout en s’étant méfié des images voyant en elles un risque d’idolâtrie, dénoncée par la Bible, prendra clairement position pour leur maintien, à condition que l’on cesse d’en faire l’objet d’adorations.
