Quand l’Église se met au vert

Est-ce céder à un romantisme de mauvais aloi que de suggérer l’idée suivante : nos demeures et nos espaces de vie sont imprégnés d’une certaine atmosphère perceptible à tous ceux qui les découvrent ? Un fait s’impose à l’évidence : il est des sites qui nous rebutent inexplicablement, alors que d’autres semblent nous faire signe d’entrer.

Cherchons donc à traduire les sensations éprouvées devant cette robuste bâtisse du XVIIIe siècle édifiée au cœur du village de Saint-Maurice : le presbytère constitue le pendant de l’ancienne école érigée sur l’autre rive du Bié, ce petit ruisseau qui prend sa source à Villars-sous-Écot et qui se jette dans le Doubs. Le presbytère forme un ensemble harmonieux avec son oratoire et ses dépendances rurales, composées notamment d’une grange et d’une bergerie qui abritent actuellement le matériel des éclaireurs du Châtelot. La vigne en espalier recouvre les murailles crépies à la chaux. Au sud, le presbytère s’ouvre sur un vaste terrain entouré de vieux murs que le lierre cherche sans cesse à coloniser ; au fond du parc, une porte perdue dans les buissons donne discrètement accès à un chemin forestier. Le terrain, d’une belle terre noire alluvionnaire, est occupé en partie par un jardin potager et un verger. L’ensemble donne à voir la disposition et le fonctionnement d’un presbytère de campagne dont les ressources couvraient les besoins de ses habitants à l’ère préindustrielle. Tout respire un certain art de vivre en relative autarcie et en accord avec le milieu. 

 

Rien d’étonnant dès lors que ces lieux accueillent depuis des années, entre autres manifestations, le culte consistorial de l’Ascension, prétexte à l’organisation d’une fête et à la découverte d’un village éloigné des grands axes de communication ; les visiteurs occasionnels se plaignent à juste titre d’une quasi-absence de panneaux de signalisation. Au gré des conditions météorologiques, le culte est célébré à l’oratoire ou en plein air et, le plus naturellement du monde, les participants disposent de larges plateaux de bois sur des tréteaux hors d’âge pour y partager un repas champêtre dans les jardins ; le moindre rayon de soleil y invite. Un grand noisetier ménage l’abri et l’ombrage nécessaires aux convives dont la vision n’est heurtée par aucune construction aux arêtes tranchantes : il ne se dégage rien d’oppressant ni d’écrasant de cet environnement tout en rondeur, mais uniquement l’impression de la caresse d’un contact avec une nature préservée… 

 

N’est-il en conséquence pas opportun de rappeler qu’une possible élévation de l’âme requiert un minimum de conditions cadres ? On ne peut que s’étonner de la méconnaissance de telles conditions quand on voit des locaux et des espaces aménagés de façon raide et froide : la prédominance du béton et des matières synthétiques dans l’architecture contemporaine devrait nous interroger. Prendre en considération la dimension écologique n’a rien d’accessoire, même dans le domaine de nos convictions religieuses, car ces dernières traduisent précisément une reprise spécifique – et pourquoi ne pas risquer le terme « assomption » ? – de notre condition humaine. Trop longtemps, l’être humain, même dans sa version chrétienne, a pensé sa vocation en termes de contrainte, de domination et d’intrusion. Avant de s’insurger contre la réalité telle qu’elle se donne à voir, il serait bon d’en percevoir la vérité profonde et ultime et de chercher à s’y associer dans un mouvement d’élévation, dans une posture de respect et de sauvegarde, en vue d’un développement durable.

 

© Martine Zollinger
Journée de l’Ascension à Saint-Maurice-Colombier

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