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Il faut être âgé de plus d’un demi-siècle pour repérer l’allusion à une chanson de Maurice Chevalier, mais aussi pour mesurer la charge émotionnelle que représente ces questions de la place, de la fonction et du style de la musique dans nos cultes. Le répertoire religieux traditionnel devient problématique pas tant dans sa forme, dans son contenu que dans son utilisation, et l’Église ne contribue plus guère à la production musicale et poétique contemporaines. Le constat tombe de façon implacable : à la cacophonie des excommunications réciproques entre anciens et modernes, pour reprendre la fameuse querelle, a succédé un silence de plomb : les communautés protestantes ne se caractérisent plus par une pratique originale exercée et transmise du chant : elles se contentent de maintenir tant bien que mal un héritage en voie de désapprentissage.
Le pasteur Christophe Houpert part de ce constat et souhaite s’adapter aux personnes dépourvues de culture musicale en rendant la musique cultuelle plus simple et plus abordable. Il estime que la musique est naturelle à l’être humain, qui n’a ainsi besoin ni de partitions ni d’éléments théoriques de solfège pour chanter : « Ça doit couler de source. » Christophe affiche son désaccord avec une Église qui cérébralise et complique tout ; il n’est pas nécessaire de recevoir dans tous les domaines une formation spécifique.
Christophe Houpert s’est ainsi lancé dans la composition et dans l’interprétation d’œuvres nouvelles. Sa méthode est assez simple : il part d’un texte biblique ou il s’inspire d’une rythmique pour y placer des paroles qu’il rédige. Il puise son inspiration dans la variété anglo-saxonne, dans le prolongement des Beatles et a recours à divers instruments et moyens électroniques dont il exploite les ressources et les effets. Il définit son propre style dans la mouvance de Laurent Voulzy. D’une tessiture de ténor léger, Christophe Houpert n’hésite pas à s’accompagner à la guitare ; modestement, il affirme qu’il ne fait que « gratouiller ».
Dès lors, Christophe a pu se lancer dans l’aventure des cultes « Viens et vois » dans lesquels la musique occupe une place prépondérante. Ce projet est accompagné d’une réflexion communautaire dans cette volonté de renouveler les formes et la pratique du culte et de se les approprier. L’assemblée découvre les refrains et mémorise petit à petit les chants ; les groupes d’intercession permettent de se risquer à prier librement, en débordant le cadre des formules liturgiques.
Christophe Houpert insiste sur la nécessité d’un lieu pour développer cette expérience de célébration « alternative » : le temple de Sochaux a été pressenti et une étude de faisabilité se poursuit en vue d’y aménager un espace techniquement équipé et susceptible de recevoir un public conformément aux exigences actuelles. Le lien entre forme de prière et architecture s’impose : l’espace cultuel doit être repensé dans une nouvelle plasticité.
Christophe Houpert insiste sur la dimension spirituelle et théologique de ce projet : il s’agit de retrouver la « dimension priante » du chant qui doit s’adresser prioritairement à Dieu. Si la musique est bien un art, c’est-à-dire une compétence technique humaine, elle est pourtant portée par une préoccupation ultime : entrer en communication avec Dieu et offrir à son appel une réponse alliant émotion, raison et action. La musique a le pouvoir de nous émouvoir et de nous mouvoir, et ainsi d’harmoniser l’expérience humaine.
