Jean-Paul Sorg, Propos sur le nouveau testament d’Albert Schweitzer

Entre 1901 et 1904, Albert Schweitzer donnait au Kirchenbote, l’un des trois journaux existant à l’époque au sein de l’Église luthérienne en Alsace, une série de chroniques mettant à disposition du grand public les découvertes les plus récentes sur le Nouveau Testament. Parues sous le titre Conversations sur le Nouveau Testament en 1996 mais aujourd’hui épuisées, elles sont publiées en cette année anniversaire aux éditions Olivétan dans une traduction originale de Jean-Paul Sorg.

Le Ralliement protestant : Pour quelle raison avez-vous souhaité reprendre une traduction originale et choisir un nouveau titre, plus adéquat ?

 

Jean-Paul Sorg : C’est d’abord en raison de la qualité littéraire et pédagogique de ces chroniques qui rendent le récit des Évangiles extrêmement vivant et en même temps réfléchi par l’histoire. Elles donnent à la fois de la crédibilité et du mystère aux personnages et surtout au premier d’entre eux, Jésus. Schweitzer « converse », parle, sans présupposé, aux incroyants comme aux croyants. Son souci est de faire connaître ce que l’on peut savoir de la vie historique de Jésus et de ses disciples, de leur environnement social, culturel et politique. Il permet aux uns d’avoir plus d’intelligence de leur foi et aux autres, peut-être, de se réconcilier avec le message évangélique, de retrouver la foi. Cette préoccupation d’arriver à penser la foi, à « penser le Christ », me paraît aujourd’hui encore plus nécessaire, ou au moins autant, que du temps de Schweitzer.

 

RP : Qu’y trouveront les lecteurs ?

 

J.-P.  S  : Personnellement, je ne connais pas de meilleure introduction au Nouveau Testament, elle est très moderne. Albert Schweitzer y explique la constitution du texte et ce que, finalement, tous les fidèles devraient savoir : que le texte n’est pas tombé du ciel, qu’il est le fruit d’une élaboration complexe visant à répondre à des problèmes très concrets des premières communautés. Il s’agit de restituer l’origine humaine de ces textes saints. Le lecteur est avec Jésus au bord du lac de Tibériade, avec Paul dans ses voyages et, d’une manière générale, il peut éprouver l’attente du Royaume de Dieu qui était celle des premiers chrétiens. Tout à son projet pédagogique, Schweitzer se rend compte qu’il peut parfois surprendre et même scandaliser ceux qui ont été habitués aux lectures pieuses, voire superstitieuses, mais c’est avec beaucoup de respect pour ses lecteurs, qu’il explique les découvertes de la science biblique. De manière suffisamment ferme cependant parce qu’il considère qu’on ne peut bâtir une foi solide et capable d’agir sur des conceptions du monde incompréhensibles à notre époque. C’est le message intemporel de Jésus qui compte pour Schweitzer, lequel cherche à l’exprimer de manière à toucher les hommes et les femmes, croyants ou non, d’aujourd’hui. Et l’aujourd’hui de Schweitzer ressemble beaucoup au nôtre.

 

RP : Comment se situent ces Propos dans l’œuvre de Schweitzer ?

 

J.-P. S : C’est passionnant ! Schweitzer, tout au long de sa vie, a eu trois sujets théologiques : Jésus, Paul et le Royaume de Dieu. Le premier est au cœur de son ouvrage paru en 1906, il consacre un autre grand livre à Paul en 1930 et travaille jusqu’à la fin de sa vie à son dernier ouvrage de théologie, inachevé et inédit en français, Reich Gottes und Christentum, « Royaume de Dieu et christianisme ». On se rend compte que ces trois sujets sont déjà là dans ces Propos de jeunesse. L’octogénaire est resté fidèle au jeune homme qu’il était. On voit ainsi que la préoccupation de l’agir chrétien, qui s’appellera « l’éthique du respect de la vie », parcourt toute son œuvre.

 

Page de couverture du livre Propos sur le nouveau testament de Schweitzer, traduit par Jean-Paul Sorg

 

 

 

Albert Schweitzer, Propos sur le Nouveau Testament, traduction et postface de Jean-Paul Sorg, préface de Roland Kauffmann, Lyon, Olivétan, 2025, 256 pp, 22 €.

 

 

 

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