Je ne vis pas l’activité de jardinage comme un passe-temps, idéal pour combler les vides. Ce serait plutôt une façon de trouver un équilibre entre un engagement assez intellectuel (la célébration du culte, l’étude de la Bible, l’animation et la formation spirituelle, l’écoute et l’accompagnement, la gestion et l’organisation des institutions) et une activité qui demande de mettre les mains dans la terre. Rien à voir avec un besoin d’évasion, mais bien une manière de se ressourcer en cultivant son jardin et de recevoir la Bonne Nouvelle autrement.
Pour l’être humain, cultiver la terre est une prescription du Créateur, qui la lui offre d’abord comme un espace de jeu avant qu’elle ne devienne un milieu de survie et de responsabilité. En portant attention à la moindre pousse, je me demande souvent quelle en est la promesse : la surprise d’une forme inconnue, la contemplation d’une fleur, l’émerveillement devant un fruit. En scrutant la terre en profondeur, le minéral, le végétal et l’animal dévoilent leurs vertus ou leurs caprices.
À travers ses paraboles du Royaume, la culture rurale du monde de Jésus est très présente. La semence perdue ou porteuse de récolte, les grains de moutarde ou l’ivraie, le figuier stérile ou les champs d’épis rappellent que la grâce de Dieu s’incarne dans des réalités finies et ambivalentes. Tout n’est pas rose dans le potager. La culture est un chemin de passion. Les herbes folles, les liserons, l’oïdium, le mildiou, les fourmis, les altises, la piéride, le merle moqueur, les mulots savent mettre les nerfs à l’épreuve. Il y a des déconvenues, après le passage du gel, de la grêle, de la sécheresse et de la canicule, il y a des deuils à faire et on ne maîtrise que peu de choses. Plus que jamais, avec le changement climatique, le potager nous enseigne à conjuguer patience avec persévérance, humilité avec créativité, prévoyance avec confiance.
Quand le temps de la récolte arrive, le partage arrive à son accomplissement. Il était déjà là au commencement : on a échangé sur les expériences des uns et des autres, on a mutualisé des savoir-faire toujours en évolution, on a reçu des plants ou des graines à semer et, finalement, nous est donnée la joie d’admirer les fleurs, de savourer ensemble les fruits et les légumes. Et je rends grâce pour ce bonheur qui unit la terre au ciel.
