Samuel Amédro
Je connais cette injonction : dans l’Église, on ne parle pas de politique. Les gens ne viennent pas au temple pour entendre les discours partisans qu’on entend partout ailleurs. Et le protestantisme n’a pas pour habitude de penser à leur place en leur indiquant le bon bulletin à déposer dans l’urne. Tout cela est vrai.
Mais.
Faut-il pour autant faire comme les trois singes : je n’entends rien, je ne vois rien, je ne dis rien ? Cantonner la foi à sa seule dimension privée ? Jésus ne le pensait pas : sa parole portait une contestation des pouvoirs établis si dérangeante qu’il l’a payée de sa vie. Nos anciens non plus, avec la Déclaration de Barmen en 1934 ou les thèses de Pomeyrol en 1941. La situation est différente, certes, mais le geste reste le même.
J’ai aussi été bluffé par la parole du pape lors de sa messe à la Concorde. Me voilà bien ennuyé de devoir dire du bien de cet homme deux fois de suite ! Au-delà du décorum, j’ai entendu une parole d’Évangile humble et libre face aux pouvoirs, une parole d’espérance montrant qu’un avenir était possible sans monter les gens les uns contre les autres.
Faisons-le à notre tour. C’est l’enjeu de notre prochain synode régional : « Oser témoigner de l’Évangile dans un monde fracturé ». Avec cette conviction : le pire n’est jamais obligatoire.
Il nous faut éviter deux écueils : une religion qui se réfugie dans un discours pieux et désincarné, loin de ce monde que Dieu aime ; une religion donneuse de leçons, qui dicte aux consciences ce qu’elles doivent penser ou voter.
Il s’agit de penser ensemble une parole humble qui aide à discerner, d’engager nos convictions chrétiennes dans une conversation avec la société en vue du bien commun, en acceptant de n’être qu’une voix parmi d’autres, ouverte à la discussion et à la critique. L’Évangile peut apporter des ressources de sens, de dignité et de réconciliation. Encore faut-il travailler notre manière de parler, d’écouter et la cohérence de nos engagements.
Entretenir la conversation, même conflictuelle, relève de l’utilité publique. Rétablir des dialogues interrompus, rendre confiance dans les autres qui ne pensent pas comme nous, faire émerger des solidarités au-delà des appartenances : nous y avons notre place.
Oser témoigner ? Yes we can !
