Baptême d’Henri IV : Un enfant si bien entouré…

Le 6 mars 1554, dans la chapelle du château de Pau, le cardinal d’Armagnac baptise le jeune Henri de Bourbon né dans la nuit du 12 au 13 décembre 1553. Autour de l’enfant se trouve un aréopage socialement et politiquement plus qu’étroit, et qui n’est pas à la fête.

L’heureux papa, Antoine de Bourbon, est « premier prince du sang » : selon la loi salique, il est éligible au trône en cas d’absence d’héritiers légitimes de la branche régnante. Depuis les Mérovingiens, cette loi fonde la transmission du trône de France par établissement d’un ordre suc- cessoral par primogéniture « agnatique », soit au bénéfice exclusif de l’héritier mâle le plus âgé et le plus proche en ligne masculine, fût-ce lointainement puisque Antoine de Bourbon descend de Louis IX au douzième degré. La maman, Jeanne d ’Albret, est la seconde fille de Marguerite d’Angoulême, sœur du roi François Ier. Ces deux femmes sont, à cette date, mar- quées par l ’ humanisme évangélique proche des thèses posées depuis 1517 par Luther puis Calvin et d’autres, les deux sensibilités ne se confondant pas.

 

Inquiétudes

 

Le premier parrain est Henri II, roi de France. Absent à cette cérémonie, il est représenté par le cardinal de Vendôme, frère d’Antoine de Bourbon, donc oncle paternel du baptisé. Le second parrain, Henri III de Navarre, est non moins roi, régnant sur un fief appelé à rejoindre le domaine de la couronne de France et ainsi soustrait à l ’ influence espagnole.

 

La première marraine, Catherinede Médicis, est reine de France puisqu’épouse d’Henri II. Quant à la seconde marraine, Isabeau d’Albret, tante de l’enfant, elle est Rohan par alliance, soit une branche cadette qui pourrait prétendre, par la loi salique, à la succession monarchique.

 

Avec une assistance limitée aux parents, marraines et parrains, ce baptême n’a donc rien de communautaire ni même de festif sinon de mondain. La question d’une éventuelle succession dynastique pèse sur l’ambiance car la couronne pourrait passer des Valois régnants aux Bourbons, soit du parrain du baptisé au père de celui-ci, voire au baptisé lui-même, si les fils de Henri II et Catherine de Médicis disparaissaient sans progéniture. Tout ce monde bien étroit n’est donc pas vraiment à la fête et d’ailleurs, contrairement à l’usage, il n’y aura aucune de ces magnificences dont les Valois avaient le secret !

 

De quelques mythes tenaces

 

Ce baptême du début 1554 n’a, en outre, rien de « protestant ». À cette date, il n’y en aurait encore pas eu : une tradition établie par Théodore de Bèze dans son Histoire ecclésiastique des Églises réformées au royaume de France (1580) considère que le premier baptême « protestant » aurait eu lieu fin 1555, à Paris, à l’initiative du sieur de la Ferrière, gentilhomme manceau voulant épargner à son enfant les « superstitions romaines » (sic).

 

Enfin, l ’ail et le vin posés par Henri III de Navarre sur les joues et les lèvres du baptisé méritent un dernier éclaircissement. La scène a bien eu lieu mais lors de la naissance du petit prince et non au moment de son baptême. Ce « baptême béarnais » engendrera une double tradition. D’une part, celle des Béarnais eux-mêmes qui l’ont perpétuée sans préjuger d’éventuels débats internes sur les terroirs du vin (Jurançon ou autres) et de l’ail (Lomagne ou autres). D’autre part, celle des Bourbons régnants qui, jusqu’en 1830, en transmettront l’usage pour marquer l’origine de la dévolution de la couronne à leur lignage. En 1820, Louis XVIII « aille » son petit-neveu le duc de Bordeaux, « l’enfant du miracle ».

 

Ainsi, l’ail et le vin ont le mérite de masquer d’un folklore chatoyant l ’ âpreté sordide d’une question dynastique.

 

Naissance d'Henri IV, Eugène Devéria, 1827, Musée du Louvre via Wikimedia Commons
Naissance d’Henri IV, Eugène Devéria, 1827, Musée du Louvre via Wikimedia Commons

 

 

 

 

 

 

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