Repenser la migration

Les étoiles de Noël à peine retombées, la société retrouve ses réflexes d’immédiateté et son esprit critique en vue d’élections à venir. Pourtant, une éthique est à reconstruire face à la migration.

Elle avait 24 ans et allait se marier. Les images d’une jeune femme morte en mer sur un zodiac de fortune circulent encore sur les réseaux sociaux, que le monde est déjà passé à autre chose.

 

Un mouvement inéluctable

Derrière ces situations extrêmes, il y a des personnes tendues entre le marteau de la fuite et l’enclume d’un accueil impossible. On connaît pourtant tout de ce flux migratoire, depuis les souffrances qui le font naître jusqu’aux abus qui l’exploitent, en passant par les discussions diplomatiques qui le contraignent. Mais il est avant tout humain et ne pourra donc jamais se réduire à des solutions. Le génie de l’Homme ou son espérance sont ainsi faits, qu’ils créent sans cesse du nouveau pour échapper aux contraintes trop fortes.

 

La Bible fourmille d’histoires de migrants qui défient les solutions, pris dans l’étau d’une vie impossible. Joseph en est un exemple, lui qui sur l’ordre d’un ange emmena sa famille dans une fuite vers l’Égypte pour contourner le massacre d’Hérode. Moïse en est un autre, lui qui fuyait avec son peuple cette même Égypte pour raison d’esclavage. À chaque fois la décision est ultime, elle s’engage sous l’inspiration, elle chemine avec l’espérance. Elle est donc inéluctable.

 

Il y a des personnes tendues entre le marteau de la fuiteet l’enclume de l’accueil impossible (© Federica Mameli/ SOS Méditerranée/ Luz)

 

 

Logique de flux ou d’humanité

Indépendamment des décisions politiques, de nombreuses associations, dont la Cimade, soutiennent le présent de ces migrants et tentent de leur dégager un avenir. Ces actions organisées à Calais comme dans des centaines de villes en France sont le fruit d’une éthique humaniste qui considère l’être humain avant sa situation, sa couleur ou le pourquoi de sa migration. C’est aussi le cas de nombre d’Entraides paroissiales. Le responsable de l’une d’entre elles nous confiait récemment avoir déjeuné avec un haut fonctionnaire soucieux des activités d’alphabétisation. Fort sérieusement, l’homme expliquait combien ces cours fixaient une population sur place et empêchaient le flux de s’écouler. Logique.

Pourtant, l’État abonde au budget de la Cimade pour environ la moitié et plus encore si l’on considère la défiscalisation des dons. Deux logiques s’affrontent donc au cœur de l’État : celle qui comprend la migration comme un flux et celle qui regarde le migrant comme un individu.

 

Sortir de l’impasse

Que l’on soit anglais ou français, les accords du Touquet ou ceux qui les suivront ne feront jamais que gérer plus ou moins fortement des flux migratoires. Les 2100 bénévoles de la Cimade et ses 130 salariés, sous l’impulsion de la nouvelle secrétaire générale depuis septembre 2021, Fanély Carrey-Conte, suivent avec de nombreuses organisations l’autre logique. Il est fort possible que l’État se satisfasse d’une forme d’équilibre entre les deux. Ce serait compter sans l’esprit de la Cimade, fondamentalement œcuménique depuis plus de 80 ans. Elle puise ses convictions aux sources de la Bible et de ses parcours de migration libératrice. Pour sortir de l’impasse, suivre Joseph ou Moïse nécessite une nouvelle créativité, à la fois spirituelle et laïque. Une mission considérable.

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