Un événement, certes exceptionnel, mais qui pourrait annoncer d’autres crises sanitaires, a révélé l’extrême fragilité de l’économie mondiale, provoquant la sidération des populations comme celle des économistes, tellement loin d’imaginer plausible un tel scénario catastrophique.
Ce n’est pas tant la mondialisation qui doit être remise en cause que la forme qu’elle a revêtue depuis le début des années 80. Dans sa magistrale étude du capitalisme naissant entre le XVe et le XVIIIe siècles, l’historien Fernand Braudel a montré que sa dynamique provient des mouvements à longue distance.

Histoire d’une mondialisation
Le capitalisme s’affirme en Europe au XIXe siècle avec la révolution industrielle et donne naissance, après 1850, à un vaste mouvement d’internationalisation des échanges, qui prend fin avec le premier conflit mondial. Il faudra attendre les années 70 pour retrouver une ouverture des économies comparable à celle de 1914. Depuis, la croissance des flux internationaux, des biens, des services et des capitaux – les déplacements des humains restant en retrait –, ne s’est pas démentie et a dépassé les limites de la première mondialisation.
L’internationalisation des économies n’est donc pas nouvelle. Toutefois, sa forme a beaucoup évolué. Elle s’est inscrite depuis 40 ans sous le sceau du libre-échange là où les États maîtrisaient hier l’ouverture de leurs économies dans une combinaison étrange, à nos yeux aujourd’hui, d’ouverture et de protectionnisme.
La révolution libérale des années 80, guidée par Ronald Reagan et Margaret Thatcher, a valorisé la régulation par les marchés au détriment des actions des États, si bien que la « création de valeur pour l’actionnaire » est devenue La Loi et les Prophètes du management et l’abaissement des entraves au libre-échange, l’horizon des politiques économiques.
En quête du profit le plus élevé, les entreprises, notamment les plus grandes, ont massivement délocalisé les lieux de production. Grossièrement, les échanges intrafirmes expliquent la moitié du commerce international aujourd’hui. Cet éclatement de la chaîne de valeur, comme disent les spécialistes, fragilise les entreprises et les États, à la merci dorénavant du moindre grain de sable, comme l’actualité récente en témoigne.
L’éclatement de la chaîne de valeur
Pour apparaître attractifs, les pays ont baissé significativement la fiscalité sur le capital, réduisant la marge d’intervention, notamment sociale, des États ; et la répartition de la valeur ajoutée créée par les entreprises s’est opérée en faveur des actionnaires, autrement dit au détriment des salariés, pour retrouver le niveau des années 30.
Cette deuxième mondialisation a certes permis de faire reculer l’extrême pauvreté mondiale (1,90 US$ par jour pour la Banque mondiale) grâce à la participation des pays dits émergents à la croissance mondiale, au premier rang desquels la Chine, qui curieusement maintient une tradition d’ouverture combinée à du protectionnisme. Mais le libéralisme qui l’accompagne, valorisant le jeu financier comme jamais dans l’Histoire, nous place dans une dépendance mortifère aux marchés financiers.
