La justice est un défi

L’information instantanée a fait surgir l’autre bout du monde dans les salons. Ainsi révélées, des situations de pauvreté ou d’injustice aiguisent la conscience et incitent à réagir, au loin comme en France. Entre solidarité, évangélisation et plaidoyer, les Églises s’interrogent sur leur juste place dans un monde où tout est devenu interdépendant.  

Dérisoire, nécessaire, visionnaire. Vouloir extirper la misère du monde peut paraître dérisoire et vain aux plus pragmatiques, au regard de l’immensité des moyens à mettre en œuvre. Les plus engagés considéreront comme nécessaires les paroles et les actes de solidarité, comptant sur le plaidoyer pour leur donner de l’ampleur. Les plus inspirés influeront pour que change l’esprit d’un monde devenu village.

(© Pixabay)

 

Interdépendance

Au nom de la politique, de l’économie, de la guerre ou de l’environnement, ceux qui quittent leur lieu de vie ne sont pas des hordes de migrants, mais des personnes déjouant l’impossible de ce monde, où une décision prise à un point du globe impacte la réalité à dix mille kilomètres. À l’intérieur de nos frontières, une crise sanitaire, initiée ailleurs, a fragilisé des millions de personnes.

Si le mot justice revient sans cesse, le principal obstacle pour ceux qui aident et soutiennent est l’interdépendance. Car pour accueillir une personne étrangère ou permettre une réinsertion sociale, un arsenal de compétences est nécessaire. L’impact psychique de l’épreuve demande par exemple une écoute fine sans laquelle la recherche d’emploi est un rêve. Sans la maîtrise des codes sociaux, l’obtention d’un toit ou la démarche administrative est un souci réel. Les services sociaux sont devenus pluridisciplinaires pour être efficaces, car, géographique ou technique, l’interdépendance est partout présente.

Invoquer la justice

Pour répondre aux effets nocifs de l’interdépendance, la justice est invoquée. Elle revêt trois dimensions. Le mot renvoie historiquement à l’idée de permission, de droit et d’équilibre, par exemple lorsqu’une situation de pauvreté incite une famille à l’émigration ou qu’en France le droit au logement devient opposable à l’État. La justice a aussi pris au siècle des Lumières un sens de légitimité ou de dignité, l’illustration classique étant celle des revenus d’un travail ne permettant plus de vivre. La situation d’agriculteurs cultivant le café, le coton ou le riz a révélé ce passage de la pauvreté à la misère ou bien le sort de nombreux SDF en France lors des confinements. La troisième dimension touche à l’ajustement, ce qui est adapté ou non. Ce sens plus moderne peut être invoqué dans la défense de l’environnement, les choix politiques de gestion de la vaccination, le commerce équitable ou les effets de la solitude en maison de retraite. Pour tous ces sujets, la complexité des interdépendances rend problématique la notion même de justice. Résorber une injustice ici risque d’en accentuer une autre là.

Évoquer la justesse

Pour répondre aux deux premiers sens de la justice, les Églises peuvent bien sûr développer comme d’autres leurs entraides et leur réseau associatif de solidarité. Sur la troisième dimension d’ajustement, elles peuvent aussi cultiver leur spécificité pour apporter une voie de justesse.

Dans un monde d’interdépendance, la pauvreté risque en effet de devenir une misère humaine et personnelle. Les soucis psychologiques d’une partie de la population lors des confinements montrent à quel point l’humain est vulnérable et interdépendant. Dans l’Évangile aussi, Jésus semble moins insister sur la justice sociale de son temps que sur le changement du cœur et la justesse personnelle de chacun devant la situation de son frère. Les miracles et guérisons sont avant tout centrés sur la personne et sa foi, à l’exemple du « lève-toi et marche ».

Une éducation personnelle et humaine à la justesse est donc possible, pour faire reculer la misère humaine en plus de la pauvreté. Une clé pour résoudre les problèmes liés aux interdépendances pourrait se situer dans l’esprit des individus et leur capacité à interagir avec justesse, chacun à son niveau. Or en matière d’esprit, les Églises sont sur un terrain qui devrait être connu.

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