Elle n’est pas seulement là, à parler à la sortie du culte, mais on la retrouve aussi derrière le micro, pour une lecture biblique, une prière… Elle semble lire la Bible comme si elle était tombée dedans petite, et vivre le culte comme un moment familier depuis toujours. Pourtant non, elle n’est pas de la boutique, enfin pas tout à fait.
Marie (Marie-Zélie de son vrai prénom) avait bien un grand-père protestant ; mais elle était catholique, plutôt à distance, jusqu’à sa première communion. À un moment, sa mère a souhaité renouer avec ses origines protestantes (découvertes à la mort de son père…) et voici que l’adolescente est embarquée dans cette découverte, rejoignant la paroisse de Vienne-Roussillon-Saint-Vallier, en région Centre-Alpes-Rhône. Elle entre dans la chorale, puis dans le groupe de jeunes et « refait » un catéchisme… Elle vit ainsi plusieurs années d’expériences positives en paroisse – sur fond de divorce de ses parents et de relations familiales rendues plus difficiles. Un jour, elle part dans le Midi, pour suivre Vincent, son compagnon. Elle a 20 ans.

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Servir la communauté
Tous deux vivent d’abord à Berre-l’Étang. Marie poursuit ses études et intègre le groupe des étudiants aixois ; elle en devient la responsable en 2010, lorsque le couple s’installe à Aix-en-Provence. Que ce soit du côté de la paroisse ou dans son parcours professionnel, elle ne perd pas de temps. Entre Capes en 2009, agrégation en 2011 et enseignement de l’anglais à Vitrolles ou dans les quartiers nord de Marseille, elle slalome… Elle est également conseillère presbytérale pendant quatre ans et entre dans la commission liturgie. « Ce qui me plaît dans le protestantisme, explique-t-elle, c’est qu’on a l’habitude de lire la Bible ensemble et de partager ce qu’on ressent face à un texte. J’aime aussi quand on écrit de façon collective pour le service du culte. Faire un culte ! Cela me faisait un peu peur, mais ça m’a permis de comprendre la liturgie. »
Marie et Vincent se marient en 2013 et emménagent à Mérindol, en pays vaudois. Leur premier enfant, Noé, arrive bientôt. Marie est alors professeur à Martigues. Elle conserve les liens noués avec Aix et… circule beaucoup. En 2012, il lui avait donc été demandé d’intégrer le conseil presbytéral. « C’était une belle expérience, le conseil, raconte-t-elle. On est davantage impliqué dans l’accueil, dans la situation des personnes en difficulté ou la bonne marche des différents groupes. J’ai apprécié le fait de débattre et de faire unité. C’est Alain Millet qui parlait du “principe de soumission mutuelle”. Je trouvais très important de “faire une” la décision prise. On grandit, on apprend à s’écouter. Le pasteur, Christian Davaine, était très fédérateur et ça a aidé mon mari à venir avec nous dans la paroisse. Il a célébré notre mariage et le baptême de Noé. »
Léonore naît en 2018. À la rentrée 2019, Marie s’engage dans l’atelier Art oratoire, animé par Olivier Arnera. Les textes liturgiques y sont travaillés pour être mieux partagés lors des célébrations. « Lire à voix haute…, s’extasie Marie. C’est incroyable comme la façon de lire un texte, de le dire, nous permet de le comprendre différemment. C’est intéressant d’apprendre par cœur, comme on l’a fait pour la soirée “Paraboles” : parfois, à l’improviste, des gens nous parlent de la Bible… et on n’a pas forcément le texte en tête ! Apprendre et transmettre, c’est un moyen de servir la communauté. »
L’amour reçu de Dieu
Aujourd’hui, Marie a 33 ans. Je lui demande de revenir sur cette étincelle spirituelle vécue à l’adolescence : « Tout a changé à 14 ans, quand le pasteur m’a dit : l’amour premier vient de Dieu et c’est parce qu’il nous aime le premier qu’on peut aimer et aller vers les autres. J’ai été très marquée par ces paroles. Je ne me sentais pas bien dans ma famille et l’amour reçu de Dieu m’a aidée. »
Cet amour qu’elle a découvert, elle s’attache à le transmettre à leurs enfants. Noé, qui a 7 ans, pose plein de questions. « On a un livre de psaumes pour les enfants, on lit la Bible et on prie ensemble. On chante avec la petite ! Vincent, mon mari, partage, un peu. Il m’a toujours accompagnée. Il se questionne. » Après la naissance de Léonore, la reprise du travail, la réforme du bac… il y a eu moins de place pour la vie d’Église. Mais Marie a ressenti que cela lui manquait, qu’il fallait rééquilibrer. Alors la famille a revu ses priorités !
Au détour de la conversation, avec gravité, elle évoque les contacts repris avec des membres de sa famille proche, ces derniers temps. « Ils étaient au baptême de Léonore… Un chemin a été fait. » Si elle n’avait pas la foi, dit-elle…
La jeune femme enseigne à présent l’anglais à des lycéens de Première et Terminale à Salon-de-Provence. A-t-elle des échanges avec eux ? « Je parle beaucoup avec mes élèves de ce qu’ils vivent, répond-elle, parce que cela influence leur travail. Il leur est très difficile de se projeter. En cours, on évoque parfois la Bible, parce qu’il y a des références dans la littérature anglaise et américaine. Ce matin, on était sur Blake et sa vision de l’Ancien et du Nouveau Testament… Alors déjà, comprendre ce qu’est l’“ancien” et le “nouveau”… et comment on passe de l’un à l’autre ! C’est amusant de voir ce qu’ils connaissent, ce qu’ils osent dire ou pas. En général, ils sont hostiles au “religieux”, qu’ils voient comme un carcan, non comme une liberté. Alors que justement, Blake parle du dieu de la liberté, avec Jésus… » Parmi ses auteurs préférés, Marie cite Blake, Shakespeare, Molière, Victor Hugo, les romantiques anglais… Walt Whitman, poète américain… Et puis la culture provençale et Pagnol, « parce qu’il aime les mots. »
Le temps de la théologie
Il existe donc des personnes de moins de quarante ans, qui lisent le journal régional avec intérêt (version papier) et vivent leur vie spirituelle comme un enjeu familial important ! Quelle vision Marie a-t-elle de cette Église protestante unie ? « Elle me convient bien parce qu’elle est ouverte sur le monde, inscrite dans la société. J’aime le fait qu’elle se remette beaucoup en question sur des sujets sensibles… C’est une Église où on réfléchit ensemble. »
Des projets ? Elle hésite… Approfondir quelque chose ? « Oui, la Bible ! J’aimerais pouvoir étudier les textes, apprendre pour cela le grec, l’hébreu. Maintenant, c’est peut-être pour moi le temps de la théologie… » Marie a lu la Bible en entier, alors elle s’attaque aux penseurs. Normal. « Je lis un peu Ricœur, Ellul, Le traité sur la tolérance de Voltaire, un livre dur. J’ai plutôt tendance à me dire que ce n’est pas très important, ces différences entre catholiques et protestants, aujourd’hui, mais beaucoup de gens sont morts pour cela, il ne faut pas l’oublier. Ce qui fait la force du protestantisme, c’est qu’il s’est battu pour que sa religion vive. » Alors il faut traduire dans notre siècle les combats d’hier, pour ne pas se complaire dans le passé : « Aujourd’hui, l’urgence est au Liban, au Nigeria, du côté des migrants… S’engager à l’international, c’est important. »
