Arménie : le combat pour la vie

Du 12 au 26 juillet, un groupe de post-KT du Tarn a eu la chance de s’envoler pour l’Arménie à la découverte d’un patrimoine chrétien multimillénaire - l’Arménie étant le premier État chrétien au monde (301 après J.-C.). -

Ce voyage a été organisé en partenariat avec l’association Solidarité Protestante France-Arménie (SPFA). 

 

SPFA est une association caritative œuvrant pour le développement de l’Arménie fondée en 1988 par deux pasteurs Samuel Sahagian et René Léonian suite au tremblement de terre qui a dévasté la région de Spitak. Elle est aujourd’hui présidée par Janik Manissian, lequel nous a accompagné.e.s dans ce périple avec son épouse Margrit. Le voyage s’est ainsi naturellement articulé autour des lieux soutenus par SPFA. Nous avons rencontré les acteurs de nombreux centres sociaux ou culturels notamment à Gumri, la deuxième ville du pays, ville située à 115kms au nord-ouest de la capitale.

 

 

Echmiadzine 

 

La première étape de notre voyage était Echmiadzine. Nous étions logé.e.s dans un lieu solidaire, partenaire de la Croix de l’union arménienne, proposant toutes sortes d’activités inclusives. Nous nous sommes essayés à la préparation du lavash, le pain ancestral arménien, à la création de poteries et de poupées traditionnelles sans parler de notre initiation aux danses traditionnelles.

 

 

Chrétienté

 

Echmiadzine est aussi le centre de l’Eglise apostolique d’Arménie où réside le Catholicos, son chef spirituel. L’église arménienne est dite « Sainte Apostolique » car selon la tradition, le christianisme a pénétré en Arménie dès le premier siècle grâce à la prédication des apôtres Thaddée et Bartolomé. La religion chrétienne est encore aujourd’hui très prégnante en Arménie. Elle se caractérise par une conception originale des deux natures du Christ qui se résume par la formule suivante : « L’incarnation du Christ est le sacrement de l’homme-Dieu où se rejoignent harmonieusement les deux natures humaine et divine en un caractère unique et à jamais uni ». Le particularisme chrétien arménien s’observe encore par la beauté de sa liturgie, les khatchkars (littéralement « pierres à croix ») qui fleurissent un peu partout ainsi qu’à travers les nombreux monastères qui maillent le territoire. Nous avons eu la chance d’en visiter quelques-uns parmi les plus importants : Haghpat, Marmashen, Khor Virap ou encore Noravank.

 

Pierres à croix © Groupe pst-KT du Tarn

 

 

De même, nous avons pu assister à plusieurs baptêmes d’enfants qui se donnent par immersion complète et horizontale et ce à trois reprises en signe des trois jours de Jésus dans le tombeau avant sa résurrection. 

 

Monastère © Groupe pst-KT du Tarn

 

 

Culture

 

Durant tout notre voyage, nous avons pu mesurer la richesse du patrimoine arménien dont le christianisme est partie intégrante. Mais il faudrait aussi parler d’architecture, d’enluminures, d’orfèvrerie, d’instruments de musique comme le duduk façonné en bois d’abricotier, sans oublier la gastronomie (dont nous avons bien profité). Plusieurs musées comme celui de la place de la République à Yérévan nous ont permis de découvrir l’histoire et la culture arméniennes. 

 

 

Le patrimoine arménien est réhaussé par la culture yézidie. Les Yézidis sont une minorité pré-islamique dont la religion contient des éléments de zoroastrisme et de manichéisme. Persécutés en Irak, ils ont trouvé refuge en Arménie. Peuple de bergers semi-nomades, ils transhument à la belle saison sur les pentes du mont Aragats. C’est là que nous avons croisé leur route. Nous avons visité aussi l’un de leurs magnifiques temples du soleil à Echmiadzine. 

 

 

Un pays en guerre

 

Toutefois, l’Arménie est une terre déchirée qui porte en elle de nombreuses blessures à l’image des failles profondes qui découpent ses paysages. Aujourd’hui, le traumatisme du génocide, qui nous a été rappelé lors d’une visite éprouvante au mémorial des victimes du génocide, est réactivé par la guerre avec l’Azerbaïdjan pour le contrôle du Haut-Karabagh. 

 

Mémorial des victimes du génocide © Groupe pst-KT du Tarn

 

 

 

Azatoohi Simonian, représentante du gouvernement du Haut-Karabagh (Artsakh en arménien) nous expliquait que le seul désir des artsakhiotes était de vivre librement et en paix sur le sol de leurs ancêtres. Il faut rappeler ici que ce territoire qui a toujours été peuplé majoritairement d’arméniens, comme le Nakhitchevan, a été cédé et inclus de force à l’Azerbaïdjan par Staline en 1921. Aux exigences constitutionnelles et aux revendications d’indépendance, le gouvernement azéri a répondu par des pogroms dans les villes de Sumgaït (1988) et Bakou (1990). 

 

Commence alors la première guerre de libération qui voit naître en 1991 la République auto-proclamée du Haut Karabagh. La disparition du groupe de Minsk, l’isolement de l’Arménie, le panturquisme conjoint d’Erdogan et d’Aliev expliq

 

ue la reprise de la guerre en 2020 qui se poursuit toujours avec un blocus total qui affame la population artksakhiote. 30 000 enfants sont directement menacés ce qui ne semble pas émouvoir les pays occidentaux.

 

Garegin, jeune étudiant en cardiologie, a participé à la « guerre des quarante-quatre jours » de 2020. En effet, les jeunes hommes ont obligation de se soumettre au service militaire, à la suite de quoi ils deviennent réservistes. Dans le cimetière de Yérablour où des milliers de tombes de jeunes soldats s’alignent, il me fait part de ses doutes. Il parle avec réserve, le souvenir de la guerre est encore très vif. Il redoute de devoir retourner au front. Pour lui, le Haut-Karabagh est certes arménien et en cela l’Arménie doit le protéger de toute violation des droits de son peuple. Pourtant, il ne comprend pas le sens de ce conflit, qui pourrait être évité par la diplomatie. Il aspire profondément à la paix. Il n’est pas le seul : toute la jeunesse arménienne tend à une résolution pacifique du conflit, me confie David à la chaleur d’un feu de camp. 

 

Cimetière de Yérablour © Groupe pst-KT du Tarn

Stepanavan

 

Les échanges sur la culture arménienne et sur la guerre du Haut-Karabagh se sont intensifiés lors de notre étape à l’université d’été de Stepanavan. Durant ces quatre jours, nous avons rejoint une cinquantaine de jeunes Arménien.ne.s, tous membres des clubs francophones de SPFA et venant des différentes régions du pays.

 

 

Un souvenir lumineux a été cette longue marche dans le parc naturel de Chirak où nous avons contemplé les montagnes du nord du pays. Presque tous les soirs, nous dansions ensemble, alternant les danses modernes et les danses traditionnelles arméniennes. Mais nous avons surtout discuté, débattu, appris des uns et des autres. La francophilie et l’ouverture à l’autre nous ont conduit à partager nos inquiétudes, nos espérances, nos rêves aussi. 

 

Parc naturel de Chirak © Groupe pst-KT du Tarn

 

 

Gumri 

 

En quittant Stepanavan, nous étions beaucoup plus à même de comprendre la culture arménienne et les défis immenses que doit relever ce petit pays enclavé surtout depuis la guerre en Ukraine. Plus de 100 000 russes ont fui en Arménie après l’invasion de l’Ukraine.

 

 

Nous avons alors rallié Gumri et ce après un détour-surprise au monastère d’Haghpat fondé au dixième siècle. 

 

A Gumri, les séquelles du séisme de 1988 sont encore visibles. Nous y avons rencontré les acteurs et partenaires de SPFA : Les Restaus du cœur, le centre de loisirs pour enfants handicapés et orphelins de Pyunik. Là-bas, la joie dans les yeux des enfants nous ont fait comprendre que chaque crise revêt une dimension pascale. Le peuple arménien est un « peuple-Christ » appelé à ressusciter sans cesse. 

 

Même sentiment au centre culturel d’Endanik, véritable laboratoire des arts, où les enfants apprennent la peinture, la danse, le chant, le travail du bois, la peinture, … 

 

 

Yérévan

 

Cette force vitale du peuple arménien nous l’avons également ressentie à Yérévan, lorsque nous avons dîné dans un centre de rééducation pour les soldats victimes de la guerre. Au cours du repas, Éric, 21 ans, logisticien pour une entreprise étatsusienne, nous explique avoir reçu une balle dans la colonne vertébrale. A force de persévérance, il a réappris à marcher. Aujourd’hui, il participe aux jeux paralympiques en tennis de table. Entre deux bouchées de piment très très très fort, Eric nous prouve que la vie peut prendre le dessus et se frayer à nouveau un chemin.

 

 

Lors de cette dernière étape à Yérévan, nous logions dans un autre centre de rééducation pour soldats blessés lors de la guerre. Ce centre abrite des logements, une salle de sport, plusieurs cabinets médicaux et un atelier de fabrication de prothèses.

 

 

Nous sommes heureux d’avoir pu aider même modestement les différents centres soutenus par SPFA. En effet, grâce à vous, nous avons profité de ce voyage pour apporter du matériel pédagogique, sportif et médical. 

 

 

En définitive, nous espérons surtout avoir donné autant de joie que nous en avons reçu lors de ce voyage qui ne nous laissera pas indemnes. Nous remercions tous ceux qui y ont participé, sous quelque forme que ce soit et nos amis arméniens pour leur hospitalité.

 

© Groupe pst-KT du Tarn

 

 

 

 

 

 

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