L’envoi en mission (Matthieu 10.5-15)

« Ne prenez pas le chemin de païens et n’entrez pas dans une ville de Samaritains ! Allez plutôt vers mes brebis perdues de la maison d’Israël ». Cette injonction, et tout ce qui la suit, a-t-elle encore quelque chose à nous dire ?

Dans ce mandat d’agir en son nom, j’entends d’abord que Jésus nous demande de « prêcher pour notre paroisse », de ne pas aller chez les Samaritains, mais chez les « enfants perdus de la maison d’Israël ». Il semble restreindre notre territoire. Bien sûr, au moment de cet envoi, il n’a pas encore rencontré la Syrophénicienne qui va le pousser à aller au-delà de ce qu’il avait prévu de faire. J’y entends aussi des limites posées à ma boulimie d’actions, un rappel de ma responsabilité première envers ceux qui me sont confiés, mais se sont perdus dans la nature, pour m’orienter vers eux. Puis à consolider, élargir et dynamiser ce premier cercle de croyants engagés et fidèles, qui fait qu’une Église est vivante, active et rayonnante.

 

 

Les Samaritains que le Christ place, dans un premier temps, hors de ma portée seraient alors des chrétiens d’autres obédiences. Pas de prosélytisme donc, pas de ratissage large, mais une recherche patiente et déterminée de ceux qui, dans nos rangs, se sont évaporés. Voilà qui aurait une fâcheuse tendance à me couper les ailes que j’aimerais tant voir se déployer dans une réussite magnifique ! Mais : Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement, ajoute Jésus. Donnez gratuitement ! Sortez des logiques comptables, commerciales, du chiffre, de la compétition, du nombre ! D’autres aspects comptent, non quantifiables : convivialité, joie, chaleur des rencontres, plaisir partagé dans les temps d’études bibliques, ferveur au culte, engagement des paroissiens, idées nouvelles qu’ils apportent…

 

 

La brebis perdue au cœur de nos priorités ?

 

© pixabay

 

Et puis il y a cette inquiétude de la préservation de ce qui est, du maintien de notre Église, de la diminution du nombre des membres, des finances, des pasteurs, des vocations… toutes choses quantifiables, elles, qui donnent le tournis et mettent la boule au ventre. Si on regarde ce qui se passe chez les évangéliques, les Pentecôtistes, les Témoins de Jéhovah… là, semble-t-il, les chiffres augmentent. Faisons-nous mal notre travail ? Faut-il y aller, nous aussi, d’une forme d’évangélisation ? Proclamez que le Règne des cieux s’est approché. Là est la lettre de mission que Jésus nous donne. Avec quelques petits additifs tout simples : guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons ! Que des choses faciles donc !

 

 

Et si le problème venait de notre perception de la première partie de l’ordre de mission ? Vous avez reçu gratuitement. Nous sentons-nous suffisamment au bénéfice de ce don extraordinaire et gratuit ? La vie, la santé, la foi, la confiance que Dieu met en nous pour nous envoyer sur les chemins du monde… Nous sommes outillés et armés pour aller proclamer la Bonne Nouvelle sur les routes que la vie ouvre devant nos pas, en parole, mais aussi en actes ! Mais désorientées devant l’ampleur de la tâche, perplexes devant le « comment » la réaliser, divisés en nous-mêmes quant aux priorités, inquiets devant les enjeux pour notre Église et la marche du monde.

 

Vous avez reçu gratuitement, nous redit alors Jésus. Et nous pouvons, certainement, nous appuyer sur cette affirmation.

 

 

 

 

 

 

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