Le pardon

Internet bouleverse le monde. Il est en train de changer notre manière de faire les courses... Il est surtout en train de modifier profondément notre manière de « vivre-ensemble ». Quelles questions cela nous pose à nous autres chrétiens ? Aujourd’hui, une réflexion sur la mémoire et le pardon.  

Internet bouleverse le monde. Il est en train de changer notre manière de faire les courses… Il est surtout en train de modifier profondément notre manière de « vivre-ensemble ». Quelles questions cela nous pose à nous autres chrétiens ? Aujourd’hui, une réflexion sur la mémoire et le pardon.

 

Internet est pratique, c’est le moins qu’on puisse dire. Surtout pour les oublieux de mon genre… Grâce à la toile, plus besoin d’archiver soigneusement les papiers administratifs et autres factures. En un clic ou deux, ils sont disponibles sur mes divers sites d’achats ou les différents services de l’État.

 

Le numérique a-t-il un coeur pour pardonner@internet

Une mémoire congelée
Cette super-mémoire pose tout de même des questions éthiques non négligeables. Justement parce qu’elle oublie l’oubli. Le net se souvient de tout. Mais un peu à la manière d’un congélateur. La toile fixe les documents, les paroles, les photos et les vidéos mais aussi les erreurs (administratives), les sautes d’humeur, les bourdes. Pendant des années, une personne peut retrouver sur la toile une photo dérangeante, une idée ou une position qu’il avait défendues pendant un temps mais sur lesquelles il est revenu. Comme le souligne le théologien catholique Antonio Spadaro, « le net est devenu le lieu où l’oubli est impossible, le lieu où nos traces restent potentiellement ineffaçables. Si nous voulions nous réinventer une nouvelle vie, les traces de notre passé seraient toujours là, à la portée de notre voisin » (p. 28).

 

Le net est devenu le lieu où l’oubli est impossible.

 

L’Europe a voulu contraindre Google a un « droit à l’oubli » mais sans succès. L’entreprise américaine a seulement accepté de fournir aux internautes européens la possibilité de « déréférencer » certaines pages portant atteinte à leur image ou à leur intégrité en remplissant un formulaire. Mais, d’une part, la procédure est fastidieuse et, d’autre part, ce « déréférencement » ne vaut que pour l’Europe : un ressortissant français, par exemple, expatrié aux États-Unis, en Australie ou ailleurs, pourra consulter ces pages, au nom de la « sacro-sainte liberté de la toile » ! Ceci n’est pas acceptable.
Une mémoire impardonnable
Le christianisme proclame un pardon sans conditions. Certains textes bibliques, comme la parabole du Père et de ses deux fils en Luc 15, affirment ce pardon avec beaucoup de force. C’est pourquoi les paroles de nos chants le célèbrent : « Tu peux naître de nouveau, Tu peux tout recommencer, balayer ta vie passée, et repartir à zéro, avec Jésus pour berger ». Même si on ne repart pas « à zéro », que nous portons toujours en nous notre passé, nos blessures et nos fragilités, il est certain que le pardon offert par Dieu permet à chaque homme et chaque femme de recommencer à nouveau frais, de repartir sur de nouveaux chemins, de construire une nouvelle vie et de participer au façonnage d’un autre monde. Comment faire vivre ce pardon à l’heure d’internet ? Il est probable, comme le pense J. Rosen, « que devant la difficulté de vivre dans un monde sans pardon, nous devrions –et probablement même que nous le devrons ! – trouver de nouvelles manières de pardonner les traces que nous laisserons toujours derrière nous ».
La loi
L’actuelle loi sur le numérique, examinée en première lecture par l’Assemblée Nationale le 19 janvier dernier, contient du neuf sur le sujet. L’article 19 en effet fait place à un « droit à l’oubli » accéléré pour les mineurs. Ils devraient ainsi, très rapidement, pouvoir faire effacer des photos, vidéos ou commentaires publiés sans réflexion sur Instagram, Facebook ou Twitter, par eux ou par des amis potaches. Du neuf qui résonne comme un évangile pour aujourd’hui.

 

 

 

 

 

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