Les permanences d’un territoire Exemple de la région Occitanie

C’est sous le thème « Nouveaux territoires, nouvelles frontières ? » que l ’Église de l’Albigeois a choisi de placer ses « Temps forts » cette année 2016-2017 pour conduire à une réflexion sur les migrations. Après l’Arménie et la journée régionale de la FEP consacrée aux migrants (voir Ensemble n°314, « L’hospitalité, un chemin à réinventer »), un historien, André Bonnery, nous a fait réfléchir le 4 octobre dernier sur un territoire, celui de l’actuelle région Occitanie.

 

 

Sous le titre « De la province Narbonnaise Première à la région Occitanie. Permanence et mutations », le voyage historique auquel nous invitait le conférencier a permis de traverser les siècles depuis l’époque romaine jusqu’au 21e siècle. L’idée sous-jacente était de montrer les aspects permanents d’un territoire pourtant traversé et occupé par des populations diverses. La Narbonnaise première, née de la scission de la grande province initiale par la réforme de Dioclétien au 3e siècle, était une région fortement romanisée où la langue latine était répandue. Parmi les peuples dits « barbares » qui envahirent l’Empire romain, poussés par la famine à la suite du refroidissement climatique, les Wisigoths furent ceux qui occupèrent cette Narbonnaise après bien des pérégrinations. Ces Wisigoths, dont les contacts avec Rome furent nombreux, étaient sans doute le peuple barbare le plus cultivé. Leurs rois éduqués à Constantinople, les alliances matrimoniales contractées avec les dynasties impériales, assurèrent la fusion entre les Goths et les Romains.

 

Une coexistence religieuse exceptionnelle

 

Les Wisigoths constituèrent un royaume toulousain dont le noyau coïncidait à celui de l’actuelle région née de la réforme administrative de 2015. Minoritaires dans ce territoire, adeptes de l’arianisme dans un royaume majoritairement catholique, ils n’en furent pas moins témoins d’une coexistence religieuse non seulement entre ces deux confessions chrétiennes mais également avec les juifs qui ne firent pas l’objet de persécutions !  L’invasion franque en Gaule eut pour conséquence le repliement des Wisigoths vers l’actuelle Espagne. Plus tard, l’occupation arabe fut limitée, et ce fut l’administration carolingienne qui marqua ce territoire. Conjointement à une administration calquée sur celle de l’ancien empire romain, la création d’un réseau d’abbayes bénédictines assit le pouvoir carolingien dans la région.

 

 

 

 

 

Une principauté en formation

 

Les 11e et 12e siècles furent l’époque de la gestation d’une grande principauté, marquée cependant par les luttes entre le comte de Toulouse et celui de Barcelone. La bataille de Muret, en 1212, a brisé le rêve de la formation d’un vaste État incluant l’Aragon, Barcelone et Toulouse. Ce territoire n’en étant pas moins caractérisé par une civilisation originale, dont l’occitan était la langue commune, parlée de l’Atlantique à l’actuel Piémont. Cette civilisation a vu éclore les troubadours, chantres de cette langue et de l’amour courtois. A l’intérieur de celle-ci, la femme avait, pour l’époque, un statut exceptionnel.

 

Du Languedoc à l’Occitanie

 

Le drame de la croisade des Albigeois et l’assujettissement au pouvoir royal auraient pu faire disparaitre ce territoire. Mais cela eu pour conséquence la création d’une province de Languedoc, partagée entre quatre sénéchaussées avec deux pôles : Toulouse, la vieille capitale, siège du Parlement et Montpellier, la ville nouvelle, siège de la cour des Aides puis de l’Intendance. Ce Languedoc fut constitué de ce cœur de la Narbonnaise première, jouissant d’une relative autonomie par la présence d’États aux pouvoirs étendus. La création des départements aurait pu faire éclater cette unité, mais la persistance de certaines de ses caractéristiques a certainement été un des facteurs de la création de cette nouvelle région née de la réforme territoriale. En revanche, on peut se poser la question de la pertinence de son nom, Occitanie, qui dépasse largement son assiette territoriale. Ce regard de l’historien nous conduit tout naturellement à se poser la question du territoire : comment il a pu accueillir et intégrer des populations différentes au cours des siècles tout en gardant sa spécificité. Belle leçon qui permet de faire disparaitre certaines peurs irrationnelles face aux migrations.

 

 

 

 

 

 

 

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