Mourir dehors, le visage des oubliés

Le 18 juin 2016, plusieurs centaines de personnes se sont réunies à Paris devant la Fontaine des Innocents. Un hommage a été rendu aux 497 morts de la rue, en France, en 2015. La lecture de leur nom a résonné. En Languedoc-Roussillon, les associations sociales ne manquent pas. Mais aucune n’est en lien avec le collectif Les morts de la rue.

Hommage national pour les oubliés de la vie. Depuis 2002, le collectif Les morts de la rue, s’attache à rendre un visage aux 497 personnes qui meurent dans la rue. Seules. Chaque année, il liste les noms des oubliés de la société. Cécile Rocca, l’énergique coordinatrice de l’association, explique : « c’est un travail d’enquête ». Il faut retrouver des détails sur la vie du mort et chercher à retrouver ses proches. Police, hôpitaux, enquête de voisinage, tout est bon pour obtenir des informations.

 

Paris, campagne d’affichage Place de la Nation (©Bruno Jamet)

N’oublions jamais

 

Cécile s’étonne toujours de pouvoir obtenir plus de « cent témoignages autour d’un homme mort sur son banc place Stalingrad. Tout le monde le connaissait dans le quartier. Les parents lui confiaient leurs enfants ». Elle évoque aussi le souvenir d’Abdullah : « Il a vécu vingt ans au même endroit. Il a connu deux générations d’une même famille. À sa mort, les représentants de la mairie étaient présents pour l’hommage rendu dans son quartier ». À travers les portraits des hommes et des femmes de la rue apparaît une réalité insolite. Même s’ils sont exclus de la société, les personnes isolées arrivent à organiser un réseau social. « Ils excluent volontairement leur famille, car la vie leur fait honte », souligne la permanente du collectif. « Les proches découvrent en même temps et la mort et les conditions de vie de celui qu’ils n’ont pas vu depuis longtemps ».

 

Hommage à Paris (©Mich le Hegen)

Chaque année un nouvel hommage

 

Pas de date fixe à l’hommage, ce n’est pas une célébration. Cécile s’emporte : « Nous ne commémorons pas un événement fini, comme la guerre, mais la mort régulière de plusieurs centaines de personnes. La presse ne relaye pas suffisamment l’information ». Seul le journal La Croix publie la liste complète des « morts de la rue ». L’organisation de l’hommage est confiée à des artistes. Ils proposent des installations fortes. La lecture des noms, par les gens de la rue et les membres du collectif, est entrecoupée de textes et de musiques. Le président de l’association, Nicolas Clément, et Cécile Rocca donnent leur conception de l’hommage : « Un moment beau et fort à la fois, pour faciliter le deuil et interpeller la population ».

 

Faire son deuil

 

« Au moment de l’enquête, des parents apprennent l’existence d’un enfant ; des enfants retrouvent un père ou une mère ; des amis ont des nouvelles d’un proche » s’émeut Cécile. La réponse est la même pour tous : « Il est mort ». Le choc de la nouvelle est violent. Les familles, les copains ont parfois besoin d’un soutien psychologique. Le collectif Les morts de la rue les épaule dans l’épreuve et dans les démarches administratives.

 

Et en région…

 

En France, 45 associations sont adhérentes au collectif. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, trois associations servent de relais ; en Rhône-Alpes, deux associations sont engagées ; en Languedoc-Roussillon, aucune. Cependant, des particuliers et des institutions fournissent quelques informations. Les associations engagées dans les œuvres sociales ne manquent pas dans la région. Il faut créer le lien avec le collectif Les morts de la rue.

 

 

 

 

 

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