Quatre années pour une dynamique missionnaire

En 2015, à l’occasion du Synode régional d’Angers, le sociologue Jean-François Barbier-Bouvet avait donné une conférence sur les « chercheurs de spiritualité », qu’il concluait ainsi : On est face à de nouveaux comportements spirituels, et les Églises feraient bien d’adapter leur discours et leurs rites à cette nouvelle donne. Pour l’avenir, on ne sait pas ce que vont faire les générations suivantes, celles qui n’ont pas été christianisées dans leur jeune âge, et qui n’ont donc pas de connaissances religieuses (aujourd’hui la méconnaissance ne vient pas de l’oubli comme pour leurs aînés « je l’ai su, mais je l’ai oublié ! » mais de l’ignorance « je n’en ai jamais entendu parler »). Donc là aussi, les Églises feraient bien de ne plus compter sur le renouvellement automatique de paroissiens qui viendraient retrouver ce qu’ils ont connu antérieurement, mais bien de trouver comment s’adresser à des personnes qui sont simplement en recherche de sens, sans a priori de références antérieures.

Je voudrais prolonger la réflexion dans la perspective des quatre années qui s’ouvrent à la suite du Synode régional de Saintes (18-20 novembre 2016). Quatre années pour relever un défi qui s’impose à nous sans contestation : accompagner nos Églises locales pour qu’elles soient Églises de témoins, dans une dynamique missionnaire. Quatre années pour encourager une « dynamique missionnaire » qui permette à nos Églises de rejoindre au mieux des hommes et des femmes se déclarant aujourd’hui athées ou « sans religion » mais en quête pourtant, pour un grand nombre d’entre eux, d’un sens à leur vie et même d’une spiritualité.

 

Interrogeons nos contextes et notre mission !

 

Notre région Ouest est riche de multiples situations ecclésiales qui imposent des approches très diverses dans chaque contexte particulier. Mais quel que soit le contexte, nos Églises sont toutes soumises (à des degrés divers) aux mêmes constats : une érosion lente, progressive et régulière des foyers cotisants ; une baisse de la pratique religieuse et de l’engagement dans la vie de l’Église, une diminution du nombre de jeunes confiés à nos Églises pour les activités de catéchèse, une absence très forte des 20-40/50 ans, un vieillissement des « forces vives » de nos Églises, un vieillissement des assemblées cultuelles, et enfin, une difficulté à trouver des personnes nouvelles pour prendre des responsabilités électives.

 

Guillaume de Clermont au Synode de Saintes, novembre 2016

Acceptons ces constats comme des aiguillons qui nous obligent à bouger. Ils nous stimulent pour questionner en profondeur le sens de l’Église aujourd’hui avec trois questions : sommes-nous des « gardiens de musées » chargés d’entretenir précieusement le patrimoine du passé (bâtiments, traditions et pratiques) ? Sommes-nous des laborantins chargés de cloner les générations qui nous ont précédés pour que l’Église de demain soit identique à celle d’hier ? Ou bien sommes-nous des missionnaires d’aujourd’hui, prêts à réformer l’Église pour que là où deux/trois sont réunis au nom du Christ, Il soit au milieu d’eux ?

 

Quelle vision nous porte ?

 

Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est de prendre du temps pour enraciner nos vies d’Église dans la Parole de Dieu. Dans une « vision spirituelle » qui nous porte. Dans une parole « prophétique » qui donne un sens à notre témoignage.

 

Lorsque nous faisions référence, dans la déclaration de foi de l’Église réformée de France de 1938 à la parole de Jean 3.16 (Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas mais reçoive la vie éternelle), nous posions au cœur de notre déclaration de foi une vision de Dieu pour le Monde à laquelle nous souscrivions et qui devenait le cœur et le sens de notre témoignage…

 

Qu’en est-il pour chacune de nos Églises locales ? Comment traduisons-nous en termes simples, la compréhension que nous avons de la vision de Dieu pour le Monde, vision qui oriente notre témoignage ? C’est une première étape fondamentale pour une dynamique missionnaire.

 

Des fresh expressions aux french expressions ? Chiche !

 

L’une des propositions les plus nouvelles et stimulantes de ces dernières années pour nous aider dans une dynamique missionnaire, est l’exemple des fresh expressions de l’Église d’Angleterre et qui a fait l’objet d’une publication dans le numéro 3 de la revue Ressources diffusée en avril dernier.

 

J’en rappelle la définition : une fresh expression est une forme d’Église pour notre culture changeante, tournée principalement vers des personnes qui ne sont pas membres d’une Église. Elle est créée selon les principes d’écoute, de service, de mission incarnée, et le désir de faire des disciples. Elle a le potentiel de devenir une pleine expression d’Église, façonnée par l’Évangile, par les marques de l’Église, et par son contexte culturel.

 

Les fresh expressions reposent sur le concept d’une « économie mixte », c’est-à-dire sur une cohabitation harmonieuse, autour d’un même lieu ou d’une même communauté, de formes de vie d’Églises traditionnelles et nouvelles.

 

Certes, le contexte culturel et socioreligieux de l’Église d’Angleterre est bien différent du nôtre, mais ces expériences de fresh expressions valent la peine d’être tentées chez nous, en France, dans notre Église protestante unie de France et particulièrement dans notre région Ouest. Je souhaiterais qu’elles nourrissent une dynamique missionnaire dans notre région dans les années qui viennent.

 

Le Synode régional a d’ailleurs voté une résolution pour la création d’une équipe régionale pour l’évangélisation et la formation dont la mission consistera à soutenir et accompagner les Églises locales dans la mise en œuvre de projets d’évangélisation innovants. Nous aurons l’occasion d’en reparler très bientôt !

 

 

 

 

 

 

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