Vintimille, le retour

L’Entraide protestante et la paroisse de La Ciotat, en étroite collaboration avec la paroisse d’Aubagne, envoient régulièrement à Vintimille un camion de biens récoltés pour participer à l’accueil des nombreux réfugiés massés à la frontière.

Comment décrire ce que nous avons vécu au camp d’accueil des réfugiés à Vintimille ? Retenez déjà le chiffre trois. Trois ans est la moyenne pour traverser l’Érythrée ou le Soudan, certaines zones de la Syrie ou de l’Irak en passant généralement par la Libye et arriver enfin, si la Méditerranée ne les engloutit pas, à Lampedusa. Trois ans de vexations en continu, d’exploitation économique et/ou sexuelle, d’esclavage en tous genres, de privations, violence et fatigue, de faim. Trois ans et une détermination intacte : là-bas (chez nous), la vie sera meilleure ; chez moi je suis mort, ici la vie peut m’ouvrir une porte.

 

Arrivée à Caritas Vintimille

 

© Sabine Toulas

 

 

 

Disparus des radars

 

Mais en France la porte est fermée et cache la répression des forces de l’ordre, qui, d’une manière indigne de notre pays et en violation de nos propres lois, fouillent les passagers aux frontières sur l’autoroute ou en montagne, et aux gares proches de la frontière comme à Menton, pour renvoyer vers l’Italie ceux et celles qui, au péril (une fois de plus) de leur vie, tentent de rejoindre l’Angleterre. Depuis que les dirigeants des puissants groupes de presse ont donné ordre à leurs journalistes de ne plus en parler, ces milliers des réfugiés sont sortis de la plupart de nos radars. La photo d’un enfant noyé sur les rives de la Méditerranée avait ébranlé les consciences… Que reste-t-il de cette conscience ? Où est le sens de l’hospitalité et de l’accueil ? Où est passé le « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ? Il est vrai, et honte à eux (j’assume chacun de mes mots), que certains ont préféré le confort d’un ignoble et puant discours sécuritaire, soufflant sur les braises de nos peurs, pour passer la question des réfugiés par pertes et profits.

 

 

Pleins de vie

 

Et en même temps, chaque miraculé, avec lequel nous avons échangé des mots et un morceau de pain, donne un sourire. Et un « merci » en plusieurs langues qui me désarçonne complètement. C’est à ce moment-là que, plus grand que la rage et la honte, émerge la reconnaissance à Dieu pour ces sourires, cette ténacité et cette conviction pacifique qui les maintient vivants. Qui d’autre pourra guérir ces blessures, qui d’autre pourrait pardonner notre péché ? Reconnaissance pour les êtres qui se lèvent et se soulèvent pour venir en aide, les accueillir de la manière la plus digne possible et qui sont là pour leur dire, par le discours et surtout l’action, que nous ne sommes pas tous pareils. Que certains ont préféré faire le pas et le choix d’une vie cohérente avec les valeurs qu’ils professent ! Et tentent l’aventure de se regarder dans le miroir, sans fierté, mais sans détourner le regard plutôt que de laisser le miroir de la stupide télé idiote leur renvoyer l’image déformée d’eux-mêmes et du monde.

 

 

Serviteur inutile

 

Tous les trois mois, nous faisons ce voyage et vivons ce moment particulier. Ce n’est qu’une goutte d’eau, mais vous connaissez le dicton. Le dernier « merci » que nous recevons en partant, autant comme une fleur que comme un poignard, c’est « Merci de ne pas nous oublier ». Autant à l’aller, ça parle à tout va dans la cabine du camion, autant le silence est lourd, ému et méditatif au retour. Et le cœur de chacun est pris d’assaut par cette parole et cette conviction qu’un certain Jésus nous a léguée : « Serviteur inutile je suis, je ne fais qu’accomplir mon devoir ».

 

 

 

 

 

 

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