Entre 1250 et 1517, un système politique original a été mis en place sur un large territoire allant de la Lybie à la Syrie actuelles avec l’Égypte pour centre. Les Mamelouks sont littéralement des « esclaves militaires », achetés ou capturés en Turquie ou dans le Caucase et éduqués au Caire ou dans de grandes villes syriennes. Ils constituent une sorte de caste dont une partie est émancipée, convertie à l’islam et parvenue au pouvoir en contrôlant la hiérarchie militaire au sommet de l’État.
Une société plurielle
C’est la première fois en Europe qu’un musée consacre une exposition aux Mamlouks, avec 260 œuvres présentées. Leur territoire, au carrefour de l’Orient et de l’Occident, est très divers. Le visiteur découvrira cette riche civilisation à travers cinq sections. Quelques grandes figures de sultans et d’émirs sont présentées, ainsi qu’une description des différentes catégories de population. Si les minorités musulmanes (chiite ou druze) et juive sont peu documentées, de nombreuses sources concernent les chrétiens. Persécutions et périodes d’accalmie se succèdent. C’est l’islam sunnite qui est largement pratiqué et promu, particulièrement auprès de l’importante communauté chrétienne d’Égypte. Des vagues de conversions à l’islam suivent les mesures d’hostilité et de discrimination. Les Mamlouks sont aussi les occupants de Jérusalem et tolèrent les différentes Églises au Saint-Sépulcre selon les usages établis, même s’ils ont définitivement chassé les croisés lors de la chute de Saint-Jean d’Acre en 1291.

Magnifique bassin en cuivre ciselé incrusté d’or et d’argent appelé
« baptistère de St Louis » (vers 1330-1340)
La culture et les arts
Les Mamlouks encouragent le développement des arts et des sciences. Le dialogue entre la culture savante et les traditions populaires s’exprime sur un grand nombre de supports. La calligraphie devient un art à part entière, mais les interdits de l’islam concernant les représentations physiques ne sont pas encore complètement appliqués : on peut admirer des décors de nature, d’animaux et même de figures humaines sur de nombreux objets. De grands classiques de la littérature arabes sont adaptés sur des théâtres d’ombre, très appréciés par un large public, dont quelques figures sont exposées. Les Mamlouks sont aussi, comme leurs prédécesseurs, un maillon central dans les échanges commerciaux, scientifiques et artistiques avec l’Asie, l’Afrique et l’Europe. On peut observer diverses influences : par exemple un vase en verre finement peint, d’inspiration chinoise. Le travail des métaux, une spécialité syrienne, est particulièrement mis en valeur.
Un des objets les plus spectaculaires, le « baptistère de Saint-Louis », clôt l’exposition. Il a servi à baptiser de nombreux enfants de la famille royale, dont Louis XIII. Il date du XIVe siècle, donc postérieur à Saint-Louis, et reste mystérieux car on ignore pour qui il a été conçu et comment il est arrivé en France. Orné de figures de sultans, d’émirs et de personnages de cour, il illustre le raffinement de la société mamlouke et l’importance des liens commerciaux avec l’Europe occidentale, le plus souvent Venise, Gênes et Florence.
Défaits par les Turcs en 1517, les Mamlouks s’intègrent dans l’Empire ottoman en gardant leur spécificité militaire. Napoléon les affrontera lors de la campagne d’Égypte en 1798. Il créera pour eux un corps au sein de la Grande Armée, ce qui les fera connaître en France. Un peu oubliés depuis, ils méritent bien d’être redécouverts aujourd’hui.
Mamlouks, jusqu’au 28 juillet 2025 au musée du Louvre. Tlj sauf mardi de 9h à 18h, jusqu’à 21h mercredi et vendredi.
