Le Nouveau-Né, chef-d’oeuvre à la dimension spirituelle presque palpable (1647-1648) © Rennes, musée des Beaux-Arts
Le musée Jacquemart-André propose une rétrospective de l’œuvre de Georges de La Tour, ce peintre célèbre pour la façon dont il a peint ses scènes d’intérieur. Parmi le peu de tableaux originaux qui lui sont attribués avec certitude, nombreux sont les sujets éclairés à la lumière artificielle (bougie ou lanterne), faisant de cette lumière un personnage à part entière. C’est frappant dans les scènes de jeux, de musiciens ambulants ou de marginaux, ça l’est plus encore dans les nombreuses œuvres à sujet religieux.
De la Lorraine à Paris
Originaire de Lorraine, un duché alors indépendant, La Tour commence sa carrière à Lunéville, jusqu’à ce que les ravages de la guerre de Trente Ans ne le conduisent à fuir sa région natale pour Paris, où il devient peintre du roi Louis XIII. Les premières salles de l’exposition sont consacrées à ses débuts et aux influences qui l’ont inspiré, à commencer par celle du Caravage. Mendiants, vieillards, joueurs ou musiciens des rues, La Tour choisit de les représenter avec dignité, sans les caricaturer, leurs vêtements représentés avec soin. Un étonnant tableau de 1632 montre une femme qui cherche à attraper une puce sur son corps. Il parvient à transformer ce geste domestique banal et trivial en un moment paisible, presque de méditation, grâce à la lumière apaisante de la bougie qui est le seul éclairage de la scène.
Les larmes de saint Pierre, qui représentent l’apôtre non en fondateur de l’Église catholique mais en pauvre homme accablé par le remord d’avoir renié le Christ, le coq à ses côtés © Courtesy of The Cleveland Museum of Art
Effets lumineux et spiritualité
Georges de La Tour est devenu en effet le spécialiste incontesté des peintures en clair-obscur. Son traitement de la lumière est particulièrement mis en valeur dans les dernières salles du musée, où sont installées quelques-unes de ses œuvres les plus célèbres. Peau translucide des doigts qui tiennent une bougie, reflets et flamme vacillante, La Tour est le maître des effets qui donnent une dimension supérieure à la scène la plus simple.
Deux tableaux l’illustrent particulièrement comme Les larmes de saint Pierre, où l’on ressent toute la douleur de l’apôtre qui vient de renier le Christ, les mains serrées et le visage rougi, à l’expression égarée. L’autre est le célèbre Nouveau-Né qui fait irrésistiblement penser à une nativité alors que rien ne l’indique. Pourtant, la très jeune mère qui contemple son bébé dans une immobilité recueillie évoque sans aucun doute Marie avec Jésus. Le nourrisson, étroitement emmailloté comme c’était l’usage, repose paisiblement dans les bras de sa mère, tandis qu’une autre femme protège la flamme de la bougie de sa main, reprenant les codes iconographiques des tableaux de la Vierge avec sainte Anne et l’Enfant.
Retourné à Lunéville, La Tour meurt probablement lors d’une épidémie, en 1652. Son œuvre tombe alors dans l’oubli, la mode préférant alors les figures extatiques pour les scènes religieuses – et beaucoup plus expressives en général. Il faudra attendre le xxe siècle pour que l’on admette à nouveau que la simplicité et la délicatesse peuvent donner autant de force à un tableau que des poses et des expressions plus théâtrales.
Georges de La Tour, entre ombre et lumière, jusqu’au 25 janvier au musée Jacquemart-André, 158 bd Haussmann, Paris 8e. Tlj sauf dimanche de 10 h à 18 h, vendredi jusqu’à 22 h, samedi jusqu’à 19 h.
