© Musée du Quai-Branly/Dustin Chen
Un spécimen d’oiseau du paradis photographié dans son milieu naturel
Si en septembre vos envies d’évasion persistent encore, c’est le moment de se rendre au musée du Quai Branly. Une exposition temporaire permet d’admirer tout ce que l’homme a pu inventer et créer autour d’un oiseau si extraordinaire qu’il a été appelé oiseau de paradis.
En Nouvelle-Guinée et dans les îles alentour, ce sont des dizaines d’espèces qui cohabitent, toutes issues de la famille des paradisiers. Ils sont de taille et d’apparence différentes mais ont en commun des plumages flamboyants et des danses très sophistiquées au moment de faire leur parade nuptiale. Ils n’ont pas vraiment de prédateurs… à part les hommes, qui les ont chassés très tôt en projetant sur eux de nombreux fantasmes.
Sens spirituel
L’exposition, après la présentation de l’animal dans son habitat, passe ensuite à ses rapports avec les hommes. Chez les populations locales, la mythologie accorde en effet une place importante à ces oiseaux. Les plumes sont une monnaie d’échange, servent de cadeaux lors des mariages et sont utilisées dans les cérémonies religieuses ou tribales. Une installation propose une immersion dans différentes communautés pour comprendre cet univers particulier. Il faut écouter les ancêtres qui s’expriment à travers une cascade ou dans les chants de ces gracieux volatiles. Mort ou vivant, l’homme peut se métamorphoser en oiseau et ne fait qu’un avec la forêt.
À l’ouest de la Nouvelle-Guinée, les paradisiers peuvent se faire les messagers des morts. Plus curieusement, ils seraient aussi à l’origine de la nature mortelle des hommes. C’est à partir de cette partie de la grande île que le commerce de ces oiseaux s’est développé.
Des mythes à la protection de l’espèce
Dès le ve siècle avant notre ère, le territoire de l’actuelle Nouvelle-Guinée a été convoité pour ses épices, ses bois précieux et les plumes des oiseaux. Il s’agit même plus que de plumes, puisque c’est l’oiseau tout entier – on parle alors de peau de paradisier – qui est préparé en lui coupant les pattes mais en conservant la tête, le corps et toutes les plumes autour. Rares et précieux, ces oiseaux deviennent l’apanage des puissants et s’intègrent dans des récits mythologiques. C’est ainsi qu’ils deviennent un des insignes du pouvoir au Népal ou l’incarnation des oiseaux fabuleux de la tradition perse. De nombreux exemples, objets ou peintures, viennent illustrer cette partie de l’exposition.
Lorsque les premières peaux de paradisiers parviennent en Occident, c’est tout d’abord par le seul bateau de l’expédition de Magellan qui soit rentré à Séville. Les Européens, émerveillés, développent alors un récit fantasmé autour de ces animaux. « L’oiseau des dieux » (en Malaisie) est devenu « du paradis » en Europe.
Ce n’est qu’au xixe siècle que ces animaux sont étudiés et classifiés. Parallèlement le commerce devient galopant, toutes les riches élégantes veulent orner leurs coiffures de ces magnifiques plumages. De beaux portraits et des documents d’époque montrent l’inventivité développée par les plumassiers au cours du temps.
Le paradisier est aujourd’hui l’emblème de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les populations locales sont conscientes de sa fragilité. Il reste cependant en danger en raison surtout des menaces qui pèsent sur son habitat (déforestation) et du changement climatique.
Plumes du paradis, jusqu’au 8 novembre au musée du Quai Branly, Paris 7e. Tlj sauf lundi de 10 h 30 à19 h, nocturne le jeudi jusqu’à 22 h.
