D’aussi loin que je me souvienne, la catéchèse a toujours été un défi à relever pour les professionnels et les bénévoles actifs en paroisse. Dans les années1990, dans le Jura suisse, une importante réforme a été mise en place pour passer du modèle traditionnel « un pasteur, une matière à enseigner, des catéchumènes » à un modèle « une équipe catéchétique et des catéchumènes réunis dans une recherche commune ». Ainsi, l’enseignement frontal laissait place à une approche existentielle et constructiviste. Ce mouvement a d’ailleurs été opéré, un peu plus tôt ou un peu plus tard, sans concertation et avec des formes diverses, dans la plupart des communautés protestantes de Suisse et d’ailleurs. Depuis lors, la société a beaucoup changé et la catéchèse n’a pas cessé de se réformer.
La catéchèse en danger
Mais nous voilà, au premier quart du XXIe siècle, dans une situation inédite : la diminution régulière des effectifs de catéchumènes met en danger la catéchèse elle-même. La catéchèse a la double mission de transmettre la foi chrétienne et les valeurs, les rites et la culture de la communauté dans laquelle elle est enseignée. Si cette transmission ne peut plus se faire, alors c’est l’Église elle-même qui est en danger. C’est dire si les enjeux sont importants !
Un programme ambitieux
Ce qui rend difficile la tâche de l’Église réformée, c’est que nous avons un programme ambitieux en matière de catéchèse : fidèle au principe du sacerdoce universel, nous voulons former des jeunes responsables dans leur foi, sans prétendre nous-même être dépositaires d’un savoir absolu et définitif. Nous voulons avec eux nous mettre en chemin à la recherche d’une vérité. Mais est-ce que cette position est tenable, est-ce qu’elle est audible dans la société actuelle ? Comment faire entendre cette voix dans un monde sécularisé, toujours plus manichéen où la pensée complexe devient rare à tous les niveaux, des gouvernements aux cours d’école ? La tâche est difficile mais pourtant essentielle. Et nous avons dans nos paroisses des professionnels et des bénévoles qui ont une grande expérience dans cet exercice. C’est ce que nous avons voulu mettre en évidence lorsque nous avons eu pour projet, avec quelques collègues, d’écrire un livre sur nos différentes pratiques et expériences catéchétiques.
Les rencontres au caté
Dans ce livre, nous avons également voulu donner la parole à de jeunes adultes ayant terminé leur catéchisme et une réponse revient régulièrement : « Au caté, j’ai fait des rencontres. » Rencontres entre jeunes bien sûr : on a noué des amitiés, on a vécu des événements forts. Mais rencontre aussi avec des adultes, qui ne sont ni des professeurs ni des parents, avec qui on peut parler de sujets peut-être plus difficiles à aborder ailleurs, des pasteurs, catéchètes ou animateurs de jeunesse qui ont peut-être un rapport au monde un peu différent. Ce sont ces liens tissés qui donnent un sens au catéchisme, qui donnent envie d’y revenir et peut-être même de s’engager plus tard dans la paroisse. Cela était vrai il y a trente ans, cela est vrai aujourd’hui et cela le sera encore demain. Dans ce monde où tout change constamment et où la dématérialisation gagne du terrain, la rencontre reste au centre de la catéchèse. La question qui se pose alors est « comment rencontrer les enfants et les jeunes dans cette nouvelle réalité ? ».
La fin d’un modèle
Il est certain que le caté comme on l’a connu, vécu dans un cadre paroissial avec des plages horaires et un programme prédéfini, avec des enfants qui viennent par habitude, par tradition, souvent par obligation parentale, ce caté-là est en fin de vie. Dans certaines régions, il n’existe simplement plus. Tous les efforts pour le maintenir en vie ou pour le faire revivre « comme avant » sont souvent voués à l’échec et conduisent à l’épuisement et au découragement des équipes catéchétiques. Il faut donc aller de l’avant, mais cela veut dire aussi faire le deuil de nos habitudes, de certaines de nos traditions, de nos façons de faire. La catéchèse – mais peut-être l’Église en général – est dans la position du homard au moment où il doit faire sa mue : changer de carapace est pour lui une question de survie, mais pour ce faire il doit se séparer de l’ancienne devenue trop étroite. Le temps qu’une nouvelle carapace se développe, il se retrouve nu et vulnérable, ce qui est une situation bien inconfortable et non dénuée de danger. La survie passe pourtant par là, tant pour le homard que pour notre catéchèse.
La catéchèse de demain
À quoi ressemblera le caté de demain ? Comme il n’y a pas de solution miracle et universelle qui se profile à l’horizon, il est difficile de le savoir. Mais on peut imaginer qu’il sera bien différent de celui d’aujourd’hui. Surtout les pratiques risquent d’être très diverses et originales selon les pays, les régions ou les paroisses. On sait par exemple que les régions urbaines, davantage touchées par la baisse de fréquentation des catéchumènes, devront s’adapter et trouver de nouvelles manières de penser la catéchèse plus rapidement que les campagnes. Ces dernières, pour certaines, pourront encore capitaliser quelques années sur les habitudes et les traditions. Puis ce sera à chaque paroisse, à chaque équipe catéchétique de trouver ses propres canaux pour rencontrer les enfants et les jeunes, selon la situation géographique, économique et culturelle, les moyens financiers et humains à disposition et selon les charismes de chacun. On se dirigera peut-être vers une catéchèse davantage charismatique, dans le sens laïc du terme : au lieu de suivre des programmes de caté repris d’année en année, le musicien rencontrera les jeunes autour d’activités musicales, le pasteur passionné de théâtre montera un spectacle, alors que la catéchète passionnée de jeux vidéo touchera un public de gamers et de gameuses. Peut-être que nous irons davantage trouver les jeunes là où ils sont, dans leur famille, dans leur cour de récréation, dans leurs loisirs ou sur les réseaux sociaux. Organiser des activités hors du cadre habituel du catéchisme peut aussi être une piste : camps d’été, week-ends à thème ou encore rencontres intergénérationnelles. Ce sont des évolutions possibles, peut-être y en aura-t-il d’autres. Mais tant que des gens seront convaincus que le message de l’Évangile est encore – et peut-être plus que jamais – pertinent dans notre société en constant changement et en perte de sens ; tant que des gens aurons le souci de témoigner d’une foi éclairée et responsable fondée sur une lecture critique de la Bible, la catéchèse protestante aura un avenir devant elle.

