Des royaumes vikings…
Au VIIIe siècle, le territoire de l’actuelle Norvège se compose d’une mosaïque de royaumes vikings. Les Vikings révèrent les divinités de la mythologie norroise. Commerçants, mais aussi explorateurs et pilleurs, leur système de croyances exalte la bravoure : la mort au combat garantit une place au Valhalla, le lieu de repos des guerriers, aux côtés d’Odin, roi des dieux. À partir du milieu du IXe siècle, le territoire s’unifie progressivement sous les règnes successifs de rois aux noms épiques : Harald à la Belle Chevelure, Eirik à la Hache sanglante, Håkon le Bon, qui commence à christianiser son peuple avec l’aide de missionnaires anglais.
© Jonathan Goldbronn/Lucile Perrenoud
… à la christianisation
C’est à partir du règne d’Olaf Tryggvason (963-1000) que la christianisation s’accentue. La saga qui porte son nom raconte qu’après bien des pérégrinations, à l’occasion d’un voyage en Angleterre, Olaf aurait été baptisé par le moine Alphège de Cantorbéry. De retour en Norvège, il exploite à son avantage l’impopularité du monarque régnant. Il est proclamé roi de Norvège, récupère les provinces passées sous l’autorité du roi du Danemark et force son royaume à se convertir au christianisme. La christianisation des Vikings se poursuit sous le règne d’Olaf II (993-1030), un guerrier rallié au roi anglo-saxon Elthered qu’il accompagne en Normandie. Une plaque commémorative, dans la crypte de la cathédrale de Rouen, indique qu’il y a été baptisé en octobre 1014 par l’archevêque Robert le Danois, fils du duc Richard Ier de Normandie. Sous son règne, les réfractaires à la christianisation sont violemment punis. Il fait bâtir des églises en lieu et place des anciens sites sacrés païens et s’adjoint le concours de prêtres anglo-saxons pour convertir son peuple. On lui attribue les premières lois chrétiennes de Norvège. Le pape Alexandre III l’a canonisé en 1164.
Les Danois imposent la Réforme en Norvège
En 1380, à la mort du dernier roi de Norvège, Håkon VI, sa veuve Marguerite, fille du roi du Danemark, élabore une alliance entre les royaumes du Danemark, de Suède et de Norvège, l’Union de Kalmar, scellée en 1397. De multiples conflits de pouvoir jalonnent l’histoire de cette Union, dissoute en 1524, alors que la Réforme s’implante au Danemark par le biais du théologien Hans Tausen, qui a été l’élève de Luther à Wittenberg.
Sous le règne du roi du Danemark Christian III, le luthéranisme devient religion d’État en 1536, tandis que la Norvège est déclarée province du Danemark (bien qu’elle conserve son titre de royaume). La religion catholique est interdite et le danois remplace le latin. Des réticences se manifestent dans la population, en particulier chez les plus pauvres, attachés aux traditions catholiques et parlant peu le danois au quotidien. La religion réformée est perçue dans ces milieux comme une marque supplémentaire de la domination danoise.
De l’indépendance à nos jours
À la fin du XVIIIe siècle, un courant patriotique se développe en Norvège, réclamant d’abord des institutions autonomes puis l’indépendance politique. En 1814, le gouverneur général de Norvège pour le Danemark organise l’élection de députés qui forment l’Assemblée constituante d’Eidsvoll. Celle-ci adopte la Constitution de Norvège confiant le pouvoir au Storting, l’assemblée législative norvégienne, tandis que le roi conserve un droit de veto suspensif. Le luthéranisme y est affirmé comme religion d’État. En 1905, la Norvège devient indépendante, après avoir approuvé par référendum le régime monarchique de son nouvel État.
Le statut d’Église d’État de l’Église luthérienne de Norvège a été confirmé par le Parlement en 1981. Le roi, de confession luthérienne, y exerce son autorité à travers le Conseil d’État. Toutes les lois s’adressant à l’Église sont votées par le Parlement, dont les députés sont en grande majorité luthériens. La diminution du nombre des fidèles et l’impulsion de mouvements issus de la société civile ont abouti à une révision de la Constitution du pays, votée au Parlement en 2012, qui fait de l’Église de Norvège une institution indépendante de l’État, ce qu’elle demandait elle-même. Si la séparation est devenue effective en 2017, la Constitution stipule que « l’Église de Norvège, évangélique-luthérienne, reste l’Église du peuple norvégien et bénéficie en tant que telle du soutien de l’État ».
