La table de communion

Quand nous partageons le pain et le vin sur quoi mettons-nous l’accent ? Sur le côté « sacré », solennel de ce geste ou sur le côté convivial de tous les repas que Jésus a partagés ? Sacrifice ou simple dernier repas ? Autel ou simple table ?

 

 

Si les luthériens ont dès le début, pour la raison invoquée par Bernard Reymond (cf. page 4), décidé de garder l’autel, les réformés, eux, optèrent pour une simple table en bois. Parfois, malheureusement, il y en eut même deux ! C’était le cas dans la cathédrale de Genève où, comme le relève Bernard Reymond, « l’une des tables était réservée aux hommes, l’autre aux femmes » ! Cette table de bois soulignait la symbolique de la communion, avec le Christ et avec les autres. La Cène était ainsi avant tout commensalité (partage d’une même table), rappelant les multiples repas de Jésus avec les pécheurs et anticipant le banquet messianique.

 

Surélevée

 

Les réformés veillèrent à ne pas surélever la table, contrairement à un autel. Ainsi, à l’Oratoire du Louvre, la table de communion se trouvait souvent au niveau des fidèles pour signifier « que la communion n’est pas l’affaire du pasteur, mais des fidèles, et que son moment le plus important n’est pas ce que dit ou fait le pasteur, mais celui auquel les fidèles communient effectivement en participant au pain et à la coupe ». Mais cette pratique s’est vite perdue. Dans nombre de temples protestants, la table du Seigneur est aujourd’hui surélevée d’une marche ou deux, afin de rendre visibles le pasteur ou ses gestes, au risque de faire croire, comme dans la tradition catholique, que tout se joue dans ce que dit ou fait l’officiant.

 

Une table qui invite au partage © famille Paul

 

Allongée

 

Dans le protestantisme réformé français, la table de communion était en bois, souvent de petite taille. Lors de son passage à l’Oratoire (1907-1938), le pasteur Wilfred Monod remet sur le devant de la scène une pratique ancienne du protestantisme réformé : « Les dimanches de communion, [il fait] dresser une longue table recouverte d’une nappe blanche devant la table de 1889, cette dernière n’ayant alors plus de signification réelle dans le déroulement du culte. Les fidèles étaient invités à prendre place debout autour de cette nouvelle table, par tablées successives d’une trentaine de personnes. Cette manière de faire faisait écho à l’ancienne habitude des réformés néerlandais et écossais de s’asseoir effectivement à une très longue table dressée spécialement ou à demeure au milieu du temple pour les dimanches de communion ».

 

Ce choix de la longue table réaffirmait combien le repas du Seigneur est un acte de commensalité, festif et en même temps ordinaire. Il est à noter que de telles cènes sont encore attestées aux Pays-Bas. Reste que, sous l’influence de Wilfred Monod ou suite à une autre influence, difficile à dire, de longues tables ont commencé à apparaître dans les temples réformés dans les années 1950-60. C’est le cas par exemple à Montauban. Elles accentuent grandement la symbolique du repas et du festin, tout comme la pratique, de plus en plus courante, de la Cène à l’intérieur même d’un repas ordinaire, d’une « agape » communautaire.

 

 

 

 

Pour en savoir plus : Bernard Reymond, La table de communion des réformés : emplacement, forme, signification théologique, Études théologiques et religieuses, 2007/4.

 

 

 

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