L’Église Universelle

Elle était au cœur des synodes régionaux en 2025, elle sera le sujet du synode national de l’EPUdF en 2026. Mais quelle est-elle cette Église universelle ? Au loin, au proche, visible ou invisible ?

Lorsque nous confessons l’Église universelle, nous affirmons que l’Église ne se réduit pas à notre communauté locale, avec ses habitudes, ses problèmes et ses projets. Non seulement nous faisons partie d’une union d’Églises, mais cette union n’est qu’un élément de cette multitude de personnes appelées par Dieu à faire une assemblée. Dire que l’Église est universelle, c’est nous rappeler qu’elle s’exprime selon la totalité (kat’olos, qui donnera « catholique », c’est-à-dire « universel ») des humains et non selon un aspect particulier seulement.

Cette perspective est déjà présente dans les textes de l’Ancien Testament. En développant un monothéisme strict, les rédacteurs bibliques font comprendre que Dieu n’est pas réservé à un peuple particulier, Israël, mais qu’il est le Dieu de l’univers.

 

Une Église au-delà des frontières 

Cela nous conduit à parler de l’Église invisible, car ceux qui sont appelés par Dieu à faire Église ne sont pas que ceux qui sont devant nos yeux. La pluralité est également une manière de dire la nature véritable de l’Église, ce que l’apôtre Paul décrit au moyen de l’image d’un corps avec des membres fort différents et néanmoins solidaires les uns des autres (1 Corinthiens 12). 

À l’époque des rédacteurs du Nouveau Testament, où les déplacements étaient moins nombreux qu’aujourd’hui, cette dimension universelle de l’Église se constatait dans les relations qui étaient entretenues avec les communautés au loin, dans d’autres régions, dans d’autres nations. Un service de mission pour une Église consistait à aller porter la Bonne Nouvelle au-delà de ses frontières, après quoi il entretenait les coopérations avec ces populations converties à l’Évangile. 

 

Une universalité qui se vit en interne 

Les Églises protestantes unies de France, appelées à s’interroger sur cette dimension universelle de l’Église ont fait un constat presque unanime : désormais, l’universalité s’observe localement, au sein de chaque Église locale. Le terme « interculturalité » est revenu très souvent dans les réponses fournies aux rapporteurs sur ce sujet synodal. Alors que le questionnaire soumis aux Églises attirait l’attention sur tous les services d’Église orientés vers l’extérieur, vers les relations internationales notamment, les réponses indiquaient que c’est vers l’intérieur que l’universel se développe, au point de bousculer les communautés, de les mettre au défi d’un accueil inconditionnel qui ne dissolve pas pour autant l’identité réformée. 

 

Des institutions au service 

Derrière ce sujet proprement théologique, qui concerne la nature de l’Église en tant que corps du Christ, se pose la question de l’adéquation des différents services ecclésiaux liés à l’extérieur et à l’international. De fait, une très grande majorité de nos communautés n’ayant jamais l’occasion de faire appel à et d’être au contact du Defap, de la Cevaa, de CMER, la KEK, l’ACO… n’en connaissent tout simplement pas l’existence, le plus souvent.  

Cette distance prise avec les institutions peut être salutaire, car elle met en évidence l’impérieuse nécessité de ne jamais confiner l’Évangile et la mission de l’Église aux structures administratives. Le temps est désormais au travail qui consistera à faire en sorte que l’intendance suive le mouvement de la vie : vérifier la pertinence des services et, le cas échéant, réajuster leurs objectifs et leur champ d’action. 

 

L’universel au cœur de la vie chrétienne 

Toutefois, la dimension universelle de l’Église doit d’abord impacter notre réalité locale, en donnant à notre prédication un horizon élargi : il s’agit de parler à ceux qui sont au-delà de notre fichier paroissial, par exemple, et même au-delà des cercles œcuméniques ou des réseaux de croyants. Il s’agit que notre catéchèse permette de prendre conscience de cette fraternité universelle fondée sur le Christ.  

Il ne suffit pas de dire que l’universalité ça compte, et qu’on se sent appartenir à la vie de l’Église comme les 95 % des conseils presbytéraux qui ont répondu au questionnaire synodal. D’autant plus que cette dimension, étant au cœur de notre identité chrétienne, est celle qui nous permet de trouver le bon positionnement, loin des replis sectaires, loin d’une attitude surplombante, proche des apôtres qui se sont reconnus investis de la responsabilité de rendre l’Évangile disponible sans exclusive, d’une manière compréhensible, à leurs publics. Les apôtres ne se sont pas reposés sur des institutions. Ils ont pris leurs responsabilités pour que leur foi soit portée aux dimensions de Dieu, celles de l’univers.

 

« Derrière ce sujet proprement théologique qui concerne la nature de l’Église en tant que corps du Christ, se pose la question de l’adéquation des différents services ecclésiaux liés à l’extérieur et à l’international. »

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