Luther, amant, époux et père…

Luther est connu pour son apport décisif en ce qui concerne le travail comme appel de Dieu, ou l'introduction de l’individualisme. On oublie souvent qu’il a innové dans le domaine de la conjugalité et de la parentalité. Luther souligne que pour s’accomplir pleinement, l’homme et la femme doivent trouver en l’autre leur complémentarité.
Luther, amant, époux et père…

Luther, ce bon père de famille © Public Domain

Luther appelle au mariage tous ceux qui ne peuvent respecter le célibat. Lui-même se marie avec une ancienne nonne, Katharina von Bora. Si, à le croire, il « ne brûle de passion » pour elle, il est clair que le réformateur a aimé sa Käthe. Dans les lettres qu’il lui adresse, il se présente comme « son vieux chéri » et n’oublie pas, lors de ses voyages, sa beauté. Son épouse est l’objet de ses prières. Il s’inquiète pour elle, se préoccupe de ses grossesses, se montre attentif à ses nausées, ses montées de lait…. Cela nous paraît commun mais ne l’était guère au 16e siècle !

 

 

L’autorité conjugale

 

Au Moyen Âge, l’autorité revient au mari. La femme doit obéir. Pas question pour elle de « porter la culotte » ! Luther partagea ces points de vue. Mais l’expérience du mariage le fit basculer. En effet, Katharina va se révéler moins docile qu’il ne le croyait. C’est une maîtresse-femme, cultivée (elle apprend à lire et à écrire à ses enfants), capable de travailler les champs, de faire paître le bétail et de brasser la bière… Dans les multiples lettres que Luther adresse à Käthe, il la nomme : « mon Seigneur », « mon Moïse », « mon impératrice ». Une manière peut-être de rire de l’autorité de son épouse… Une autorité qu’il assume en tout cas sans aucune honte. Une chose peu courante à l’époque… et très moderne.

 

 

La douceur parentale

 

Au Moyen Âge, l’éducation des enfants revient à la femme qui fait montre d’une douceur et d’un sentimentalisme peu viril. Là aussi, Luther partage un temps ces vues. Mais quand il devient père, les choses changent : « Je n’aurais jamais cru, auparavant, que les cœurs paternels s’adoucissaient autant pour leurs enfants ». Il critique sévèrement ces hommes qui jugent « au-dessous de leur dignité de laver les couches du nourrisson ». Il joue avec ses enfants et admet sans peine qu’ils s’amusent auprès de lui pendant son travail. L’affection qu’il éprouve pour eux le fait même vaciller dans sa théologie. C’est clairement le cas au décès de sa fille Madeleine : « Moi-même et ma femme devrions rendre grâces à Dieu, joyeux de cet heureux passage ; et cependant, telle est la force de la tendresse que nous ne pouvons être sans sanglots, au point que même la mort du Christ ne peut en arracher cette douleur, ainsi qu’il conviendrait. » Sur ce point, l’attitude de Luther annonce celle des pères prévenants d’aujourd’hui.

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