Une histoire de vie

Au cœur du tombeau vide et de la déception des disciples surgit l’événement de la résurrection : une affaire de foi.

Aussi curieux que cela paraisse, Israël s’est ouvert très tard à l’espérance de la résurrection. Jusqu’au IIe siècle avant Jésus-Christ dominait l’idée que, dans le séjour des morts, les défunts étaient oubliés de Dieu. Or voici que, dans le plus jeune écrit de la Bible hébraïque, à la suite de la révolte des Maccabées et de sa féroce répression, on trouve la seule attestation explicite de la foi en la résurrection de l’Ancien Testament (Daniel 12.1-2). L’espoir surgit avec force, qu’à la fin des temps, Dieu réveillera les morts.

 

C’est dans ce contexte que la mort de Jésus, sa fin misérable, laisse les disciples apeurés et fuyards.

 

Le tombeau vide est une des expressions de la résurrection (© Pixabay)

 

 

Une résurrection

 

Avant de diverger, les quatre évangiles concordent sur la mort de Jésus et l’événement « résurrection ».

 

D’abord, les évangiles nous montrent les disciples résignés à l’échec, claquemurés sous l’effet de la peur, mais soudain entièrement surpris, pris à revers par la vie retrouvée de leur maître. La résurrection est cette révélation bouleversante que la force de Dieu se fait connaître dans le lieu de la plus intense fragilité. Cela ne vient pas de la réflexion des disciples, mais d’une initiative de Dieu ; leur résistance à croire a dû être vaincue ; Dieu n’était pas du côté des bourreaux, mais du côté de la victime. Ici, ni hallucination collective, ni processus de persuasion de groupe, mais l’inattendu par les disciples qui contredit leur sentiment d’échec.

 

C’est une expérience spirituelle forte qui a changé leur abattement en énergie. Les évangiles invoquent l’imagerie apocalyptique : les anges de Dieu, l’intense lumière, le mort relevé, l’ascension du Ressuscité. Notons au passage que Christ n’est pas réanimé à la manière d’un Lazare, qui reçoit un supplément de vie, mais qui mourra plus tard. Pâques n’est pas une réanimation de cadavre, comme le Nouveau Testament en rapporte quelques-unes ; c’est l’introduction dans une vie complètement différente.

 

 

Le début d’une foi

 

La foi pascale prend naissance quand une parole se lève dans la mort, quand une secousse fondatrice ébranle nos schémas de pensée, quand la persistance de la vie suspend notre épais réalisme.

 

Christ a impulsé une dynamique dans laquelle les croyants son irrésistiblement entraînés avec lui, une histoire s’est mise en marche qui culminera dans le Royaume. La nouveauté de vie perce dans le vieux monde. C’est l’aube du huitième jour.

 

Historiquement non reconstituables, les effets de cette révélation sont aisément perceptibles. Les traces du passage de Jésus, c’est lorsque des gens se relèvent d’un échec, lorsque des hommes et des femmes sont libérés, lorsqu’ils se relèvent dans leur humanité – c’est ce qu’a voulu Jésus, c’est ce qu’il a fait, ce qu’il a vécu. Lorsque des hommes marginaux sont accueillis et honorés, c’est la trace du Ressuscité qui passe et qui précède. La mort n’est pas l’ultime parole, Dieu relève, Dieu fait vivre, c’est le début d’une immense aventure, c’est le début du christianisme.

 

Le croyant, lui, contemple les traces laissées par l’homme de Nazareth dans l’histoire et dans les textes. Il parvient à la conclusion qu’il existe une clé à cette énigme. Cette clé, dit-il, est la foi. Identifier en soi une particule de foi, c’est ressentir l’effet de Pâques. Croire à la résurrection nécessite une preuve par l’acte : faire confiance à un Dieu qui relève, qui met debout, même après le plus total échec.

 

Croire cela, c’est ajouter, à la liste des témoins prestigieux, son propre nom.

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