Une église de « vivants-morts » dans un monde de « morts-vivants »

La société actuelle joue avec la mort. Nos concitoyens flirtent avec elle, la tournent en dérision. Ils croient la maîtriser et se rendre ainsi maîtres de la vie. La Bible renverse cette illusion.

Exergue : « Par l’expression « vivants-morts », Paul désigne les croyants, ceux qui ont placé leur confiance en Christ ».

 

La Bible est un livre de vie. Un livre pour vivre. Dans chacune de ses pages, nous sommes interrogés sur nos modes de vie, nos relations avec l’autre et avec cet autre qu’est Dieu. Mais cela n’empêche nullement la Bible de mettre l’homme face à la réalité : il n’est que poussière et retournera à la poussière. Un psaume dit même : « L’homme ! ses jours sont comme l’herbe, il fleurit comme la fleur des champs. Lorsqu’un vent passe sur elle, elle n’est plus » (Psaume 103,15-16 ; cf. aussi Ésaïe 40,7 et 1 Pierre 1,24).

 

 

Des vies au goût amer

 

Mais dans la Bible, et particulièrement dans le Nouveau Testament, la mort n’est pas réservée aux morts. Aussi paradoxal que cela puisse paraître ! Elle est, plus généralement, le domaine des « mortels ». Dans ses lettres, Paul fait la différence entre les « morts-vivants » et les « vivants-morts ». Qu’est-ce que signifie une telle distinction ? Pour lui, les « vivants-morts » sont tous les êtres vivants qui refusent de donner leur vie à Dieu. Ils veulent être leur propre maître. Ils veulent vivre leur vie sans contraintes, poussé par le vent d’une liberté qui ravage tout sur son passage : les autres, la nature et eux-mêmes. Ils vivent mais, en tournant le dos à la vie, ils sèment la mort. Le message de Paul garde toute sa pertinence vingt siècles après. Les vivants-morts sont à l’opposé des « morts-vivants ». Par cette expression, Paul désigne les croyants. Il évoque ceux qui ont placé leur confiance en Christ. L’apôtre parle de ceux qui choisissent d’obéir à leur Seigneur et Maître. Pour cela, ils ont renoncé à l’idée d’être maîtres de leur vie. Ils ont fait une croix sur « l’autonomie ». Un terme très moderne et très à la mode aujourd’hui. Au nom de la sacro-sainte liberté, chacun réclame de pouvoir, de devoir être « sa propre loi ». Le terme de croix, sous la plume de Paul, est important. Car, pour lui, c’est l’homme lui-même qui a été, par la foi, crucifié : « J’ai été crucifié avec Christ, et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi » (Galates 2,20). Le croyant est donc mort avec Christ. Vraiment mort !

 

« Par l’expression « vivants-morts », Paul désigne les croyants, ceux qui ont placé leur confiance en Christ ».

 

Vraiment vivants

 

C’est d’ailleurs parce qu’ils sont morts avec Christ que les croyants sont vivants. Vraiment morts et donc pleinement vivants ! Pleinement ressuscités. Les croyants vivent par Christ. S’étant découverts, au sens d’une dépossession (comme s’ils avaient enlevé leur couverture ou leur coquille), d’une dé-maîtrise d’eux-mêmes et de leur volonté de puissance sur l’autre, les croyants découvrent alors toute leur force. Puisqu’ils se sont abandonnés au Christ, c’est Lui qui les fait vivre. Il irrigue Sa vie dans chacun de leurs membres, dans chacune de leurs pensées. Il vit en eux. Ils accomplissent ainsi pleinement la « loi du Christ » (1 Corinthiens 9,21 ; cf. aussi Galates 6,2). Cette loi est celle de l’amour. Elle consiste, par exemple, à porter les fardeaux les uns des autres, à vivre non selon son propre intérêt mais selon celui du prochain…Par leur choix, par leur foi, les croyants sont vraiment vivants. Non seulement parce qu’ils vivent pour les autres. Mais surtout parce qu’ils vivent par un Autre. Ressuscités, ils vivent la vie du ressuscité. Ils témoignent, modestement et toujours imparfaitement, de la vie de Celui qui est venu partager la nôtre.

 

 

 

 

 

 

 

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