Une espérance pour aujourd’hui

L’affichage des 95 thèses, dont nous fêtons cette année le 500e anniversaire, est la réponse de Luther à une vision catholique de la mort. Nous n’avons rien à payer sur terre.

Face à la mort, Luther est un homme tiraillé entre la crainte et l’apaisement. Comme toute sa vie le fut ! Nous sommes à la fin du Moyen Âge qui pèse de tout son poids de peur et de culpabilité sur les consciences. La peur qui s’est incarnée dans les épidémies de peste, récurrentes après la grande peste du 14e siècle, a conduit à une crainte obsessionnelle de l’enfer. Luther, en homme de son temps, va connaître ces affres. Il va entrer au couvent pour tenter d’échapper à la colère divine.

 

 

Dieu éclaire la mort en la partageant sur la croix de Jésus-Christ
© Christiane Paul

 

La mort, une présence constante

 

Loin d’y trouver le repos, il va se briser sur une inquiétude bien plus profonde, propre à son être intérieur. Une angoisse qui fait de Dieu et l’accusateur et le sauveur. Un Dieu qui a les traits d’un diable : la mort est là. Au quotidien. À l’intérieur de lui-même et pas seulement comme issue finale à un séjour terrestre.

 

Rien ne lui est plus étranger que cette idée que la mort pût être un passage vers la vie : il a trop connu la mort in vivo sous le regard menaçant d’un dieu accusateur pour imaginer un face à face post-mortem radieux. La mort est omniprésente au cœur de sa vie. Pour morbide qu’elle soit, cette attitude va l’amener à prendre et la mort et la vie très au sérieux. L’une et l’autre signent la même tragédie d’une existence torturée par l’impossibilité d’aimer un Dieu trop parfait pour ne pas exiger un amour parfait… et donc impossible. On voit de suite le cercle vicieux mortifère. La mort est là, au cœur de la vie…

 

 

La grâce pour faire revivre

 

Fut-ce à un moment précis (on parle de « l’expérience de la tour »), ou le fruit d’un long et pénible cheminement ? Nul ne sait, sans doute les deux. Mais lui parvint cette révélation, cette assurance qui fit foi en lui : Dieu n’était pas le dieu obscur que l’on prétendait. Il n’envoyait pas la mort, il l’éclairait en la partageant sur la croix de Jésus-Christ ! Il l’éclairait de la paix conférée par cette affirmation : c’est Dieu qui justifie l’être humain. Qui lui donne cette capacité à pouvoir paraître devant Lui sans avoir rien à redouter, mais au contraire en pouvant se déployer sans rien devoir cacher de ses faiblesses et trahisons, parce que fondamentalement, définitivement, aimé de Lui. C’est le cœur de la pensée réformatrice de Luther. Par moments, cette pensée s’exprime, fulgurante, brillante comme la grâce. À d’autres endroits, elle demeure comme enrayée, submergée par des relents de la crainte du passé. Une âme aussi tourmentée ne peut connaître la béatitude définitive. Le diable – c’est-à-dire le dieu accusateur – est toujours à l’œuvre, pour faire mourir. La grâce toujours à l’œuvre pour faire revivre. Et le croyant, entre les deux, jouet de ses pulsions de mort mais toujours appelé à la vie à nouveau. Le chemin entre les deux, c’est ce que Luther appelle la pénitence, la conversion : oser se tourner vers la vie.

 

 

La fin des rites funèbres

 

Toute l’éthique va reposer sur cette révélation salvatrice. Rien n’est nécessaire pour gagner ou augmenter la grâce de Dieu. Rituels et prières pour les morts sont donc non seulement inutiles mais néfastes, puisqu’ils doutent de la grâce !

 

De la même façon, la question éthique de la fin de la vie ne repose pas sur une sacralisation de la vie biologique, mais sur l’abandon de la foi : se savoir et s’accepter assez aimé pour se risquer à une décision qui fasse place à une vie qui ne soit pas un enfer.

 

 

 

 

 

 

#Dossiers

Nos titres

Échanges
Ensemble
Le Cep
Le nouveau messager
N°446 - juin 2020
Le Protestant de l'Ouest
Le Ralliement
Liens protestants
Paroles protestantes Est-Montbéliard
Paroles protestantes Paris
Réveil

Soutenez la presse et l'édition protestante

Pour aller plus loin

S’encorder à Dieu
La montagne, un refuge à défendre
S’encorder à Dieu
Dans cette cordée d’alpinistes en route vers un sommet indéfini, la corde qui les relie tous est, selon les hommes et les écarts, lâche ou tendue. Mais qu’elle soit en tension ou pas, cette corde nous rappelle que les premières ascensions de presque tous les sommets majeurs (du mont Blanc en 1786 à l’Everest en 1953) furent des œuvres collectives.
La montagne : des réalités derrière le rêve
Dossiers
La montagne : des réalités derrière le rêve
Ancienne membre du bureau fédéral de la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM), Marie-Laure Tanon nous rappelle l’attractivité de la montagne, nous alerte sur ses dégradations et évoque les moyens de sa préservation.
La montagne dans la Bible
La montagne, un refuge à défendre
La montagne dans la Bible
Elle est présente presque partout ; il s’y passe un nombre incroyable d’événements fondateurs : la montagne était et demeure un lieu aux multiples facettes : sa beauté et ses dangers ; sa pureté et la désolation que l’homme peut y semer. Et si la montagne de la Bible nous apprenait quelque chose de notre aujourd’hui ?
Randonnée sur le GR de l’exil des huguenots
Dossiers
Randonnée sur le GR de l’exil des huguenots
La montagne de la "transfiguration"
Prier avec et pour les trailers
Dossiers
Prier avec et pour les trailers
C’est une initiative qui a duré deux ans et a mobilisé un petit groupe interreligieux et œcuménique. L’idée est née dans la tête de notre regretté collègue, Romain Gavache, alors pasteur d’Arve-Mont-Blanc qui voyait année après année des milliers de trailers venir participer aux différentes courses liées à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB).
Environnement : la gratitude seule
Dossiers
Environnement : la gratitude seule
C’est une devise qu’ont adoptée de nombreux randonneurs : « Ne laisser aucune trace ». Transmettre la joie de contempler la montagne sans lui nuire, c’est la mission des accompagnateurs de moyenne montagne.
Bible en montagne : un double ressourcement
Dossiers
Bible en montagne : un double ressourcement
Depuis 2012, chaque année, protestants et catholiques se retrouvent à Vars, dans les Hautes-Alpes, pour un séjour autour de la Bible. Une Parole qui met en marche !
Des séjours pour prendre de la hauteur
Dossiers
Des séjours pour prendre de la hauteur
Qu’ils soient organisés par des associations ou par les régions, les camps alliant Bible et montagne offrent toujours une occasion de grandir.
Vosges-Meurthe : Saint-Dié, Raon-L’étape, Senones et Baccarat
Les racines protestantes de la région Est-Montbéliard
Vosges-Meurthe : Saint-Dié, Raon-L’étape, Senones et Baccarat
Un peu de géographie : notre paroisse, située sur les contreforts des Vosges dans le bassin de la haute Meurthe, est constituée des paroisses de Saint-Dié des Vosges et de Raon-Senones-Baccarat.