Un peu d’histoire
La sainte quarantaine ou Carême évoque à la fois, par sa durée, les quarante jours du jeûne de Moïse lors de la réception des tables de la loi et celui de Jésus, dans le désert, entre son baptême et le début de sa vie publique.
Les premiers chrétiens observent les rites juifs, le sabbat, la prière au Temple. Au fil du temps, la petite communauté de culte se structure théologiquement. Les jours précédant Pâques, les catéchumènes reçoivent une préparation intense en vue du baptême, célébré la nuit de Pâques. Le Carême n’est donc pas d’abord une œuvre méritoire, mais une pédagogie ecclésiale : préparer le cœur à la joie pascale, comme Jésus s’est préparé à son ministère en jeûnant dans le désert et non pas avant sa condamnation, comme on aurait tendance à le penser.
Jésus et ses disciples n’ont pas jeûné, ils ont pris ensemble un repas à Béthanie quelques jours avant sa mort ainsi que celui de la Pâque. C’est bien plus tard, à partir du IVe siècle, que jeûne et abstinence ont accompagné ce temps de commémoration de la passion et de la résurrection.
À partir du IVe siècle, porté à quarante jours, le Carême devient un temps liturgique spécifique et empreint d’une austérité plus évidente, où la prière et l’aumône accompagnent le jeûne. On en trouve trace dans un canon du Concile de Nicée.
Carême
Dès les premiers siècles de l’ère chrétienne, le jeûne du Carême s’impose comme un temps de rigueur spirituelle préparant à Pâques, une période de pénitence et de purification, visant à se rapprocher de Dieu avant la célébration de la résurrection. Cette notion de pénitence est peu perméable aux protestants. Justifié par la grâce seule, Luther rejette donc toute idée de l’achat du salut par les œuvres et dénonce l’idée de gagner son ciel en pratiquant le jeûne. Sauvés par la grâce, une grâce offerte inconditionnellement à toutes et tous, les réformateurs n’expriment pas le besoin de poser des actes pour se rapprocher de Dieu. Les Églises protestantes n’ont pas intégré le carême comme observance fondamentale de leurs pratiques religieuses, hormis, pour certaines, dans le calendrier liturgique, les cinq à six dimanches précédant Pâques.
Les Églises sœurs
En tout bon protestant, la diversité d’usage est de mise. Les anglicans, les luthériens, les méthodistes, l’Église évangélique arménienne ont gardé l’usage de carêmer. Il existe un Carême protestant alsacien et l’Église luthérienne de Paris célèbre un office des Cendres. L’Église baptiste ne le pratique pas. De nombreuses Églises évangéliques refusent le Carême, car il ne fait pas partie de la bible, que c’est une tradition humaine établie par l’Église catholique. Aujourd’hui, selon sa sensibilité, chaque paroisse de l’EPUdF vit ou pas cette sainte quarantaine.
Carême si peu, Pâques tous les jours
Depuis quelques décennies, dans certaines paroisses réformées, se dessine une nouvelle appétence pour cette pratique ecclésiale délaissée. Ces quarante jours sont plus ou moins formalisés dans la vie paroissiale avec des temps spécifiques de prières, des études bibliques. Quel est le sens de ce retour ? La tentation de faire comme les catholiques sans leurs penchants « idolâtres », une envie d’œcuménisme, avec les nombreux groupes Pain, Pomme, Prière, alliant jeûne, prière et aumône. Un chemin de croix œcuménique se déroule à Romans. Est-ce un besoin chez certains fidèles de ritualiser leur vie spirituelle dans un monde où plus rien ne semble sûr ? Le point positif du Carême est l’occasion, pour ceux qui le pratiquent, d’approfondir leur foi, de se recentrer sur l’essentiel, sur le spirituel, la prière. Et à l’heure du surplus et du toujours plus, c’est plus que nécessaire !
Le rituel du Carême ne peut-il pas se vivre en dehors de ce temps liturgique ? Les conférences du Carême ne pourraient-elles pas avoir lieu à un autre moment, sans qu’elles en perdent leur pertinence ? Et les études bibliques, les échanges œcuméniques ?
Il est un cantique qui résume l’espérance chrétienne : « Christ est venu, Christ est né. Christ a souffert, Christ est mort. Christ est ressuscité, Christ est vivant. Christ reviendra, Christ est là. » De ce chant, on peut retenir l’affirmation « Christ est là ». La foi chrétienne ne devrait pas être liée à des rites ou des périodes spécifiques de l’année (c’est aussi valable pour Noël ou Pentecôte, s’imagine-t-on la descente de l’Esprit-Saint un jour par an ?). La recherche de Dieu, la réflexion sur le sacrifice sont des aspects qui doivent être continuellement vécus quotidiennement tout au long de l’année, et pas seulement dans une période déterminée comme le Carême ou l’Avent. Le Christ est mort et ressuscité, il y a 21 siècles. Pas besoin de revivre sa Passion chaque année les jours précédant Pâques. Il est et sera toujours ressuscité !
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Temps de prière et de méditation durant le Carême ou à décliner toute l’année ?
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Le tombeau s’est ouvert et est resté ouvert ! Christ est toujours ressuscité !
