Daniel Henri Forget, entre France et Canada

Le pasteur Daniel Henri Forget est sur le départ vers le Canada après six ans au sein de l’EPUdF comme pasteur du Diois. À cette occasion, avec ses mots à lui, à la fois nostalgique et optimiste, il raconte son expérience de part et d’autre de l’océan.

Daniel et Lucie

Daniel, où et comment s’est exercé ton ministère au fil du temps ?

 

Après plus de 40 ans de ministère au Canada, dont les vingt dernières années en milieu anglophone et six mois de suffragance en France en 2019, j’ai rejoint l’EPUdF en 2021, devenant pasteur des paroisses du Diois. Je suis aussi guitariste, auteur-compositeur-interprète et j’utilise mes charismes pour la proclamation de l’Évangile. L’art visuel fait également partie de mon univers.  

 

Que ressens-tu au moment de repartir ?

 

Quitter celles et ceux que l’on aime n’est jamais simple. Chaque départ vient toucher quelque chose de profond en soi. Ce ne sont pas seulement des lieux que nous laissons derrière, mais des visages, des voix, des histoires partagées, des liens tissés au fil des jours. Et ces liens-là, on ne les quitte jamais complètement. On apprend à les porter autrement. 

 

Souvent, je me suis senti comme un pèlerin. J’arrive dans un nouveau poste pastoral, je m’y enracine, je m’attache à des personnes… puis, un jour, il faut repartir. Pourquoi ces mouvements pastoraux, pourquoi ces déracinements ? Je crois simplement que cela fait partie de l’appel vocationnel. Ces passages de vie résonnent profondément avec cette parole de l’Ecclésiaste : « Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux. » Oui, il y a un temps pour commencer et un temps pour achever. Un temps pour s’attacher et un temps pour se séparer. Aujourd’hui, c’est ce temps-là que nous traversons.

 

Mon épouse Lucie et moi avions envisagé de rester en France. Cependant, la maladie est venue frapper à la porte de ma bien-aimée. Nous aurions pu penser que tout bascule au hasard des circonstances. Mais au fond de nos cœurs, une profonde conviction demeure : les chemins de Dieu dépassent les nôtres. Sa providence, même lorsqu’elle nous déroute, continue de nous porter.

 

Quelle expérience retires-tu de ce passage par le Diois ?

 

Je rends grâce à Dieu pour le privilège de servir en France et particulièrement dans ce beau pays du Diois. Accueilli comme pasteur venant d’un autre horizon, j’y ai retrouvé des accents proches de ce que j’ai connu au Canada, mais aussi des différences qui m’ont fait réfléchir. Ces années ont été une expérience précieuse. 

 

Cette région, avec ses montagnes contrastées et ses habitants au caractère singulier, m’a profondément marqué. Le Diois, c’est aussi une terre habitée par une quête spirituelle, une recherche du divin, et un bastion historique du protestantisme souvent qualifié de « terre de résistance », en raison de son attachement précoce à la Réforme. Pourtant, derrière cette richesse historique, j’ai aussi perçu une réalité plus fragile : une foi souvent devenue culturelle, parfois éloignée d’un enracinement vivant dans l’Évangile. Cela se traduit par la faible participation à la vie de la communauté.  

 

Quel est ton regard sur le positionnement de notre Église dans la société ?

 

Avec le regard façonné par près de cinquante années de ministère, je partage mes réflexions avec beaucoup d’humilité. J’ai été touché par ce profond désir d’accueil : accueillir chaque personne telle qu’elle est. C’est une dimension essentielle de l’Évangile. Mais lorsque l’accueil devient si large qu’il englobe toutes les visions sans distinction, le risque apparaît que le message lui-même s’estompe. À vouloir rassembler sans condition, l’Église peut perdre en clarté, en force. La foi devient alors floue, plus difficile à transmettre et l’élan spirituel s’en trouve affaibli. J’ai également observé que l’appartenance à l’Église repose souvent davantage sur une tradition ou un héritage que sur une démarche personnelle. Cela peut rendre la vie en Église plus fragile et poser des questions pour la transmission de l’Évangile. Enfin, la proximité de l’Église avec la société est une richesse, mais elle peut devenir un défi. À trop épouser les valeurs du monde, à vouloir placer l’être humain au centre de ses préoccupations, l’Église risque parfois de perdre sa voix prophétique, celle qui appelle à une transformation intérieure et spirituelle. Cela dit, j’ai vu de belles choses : une grande ouverture, une sincérité dans la recherche, une volonté d’être présent dans le monde. Le défi, sans doute, est de tenir ensemble cette ouverture et une foi fidèle à l’Évangile. 

 

Qu’envisages-tu de vivre à ton retour au Québec ?

 

Après ces années de ministère, au Canada comme en France, vient pour moi le temps de tourner une page. Ce n’est pas sans émotion que je quitte la France et ces communautés du Diois. J’ai aimé servir parmi vous. J’ai aimé marcher avec vous. Et je garde chacune et chacun de vous dans mon cœur. 

 

Retour au Québec, avec une entrée en semi-retraite. Mais peut-on vraiment parler de retraite quand on a été appelé à servir ? L’appel demeure, autrement, mais il est toujours là. Le désir de servir, d’accompagner, de partager la Parole de Dieu reste vivant. Je reste disponible, avec simplicité et joie, pour prêcher, célébrer le culte, soutenir des communautés, participer à des temps spirituels ou d’évangélisation. Et à travers la musique aussi, comme auteur-compositeur-interprète, je souhaite continuer à transmettre quelque chose de cette espérance qui m’habite. C’est donc avec un cœur reconnaissant, et toujours disponible, que je me tiens à la disposition des Églises, au Canada comme en France.  

 

Quelle pourrait être ta conclusion ?

 

Que Dieu soit vivant en France, comme au Canada ; que le souffle de l’Esprit saint ranime la flamme de l’Évangile en chacun de nos cœurs ; que la paix du Christ soit notre force ! 

 

Comme ma grand-mère maternelle était irlandaise, j’ai pensé partager avec vous en guise de conclusion cette bénédiction irlandaise :

 

« Que Dieu vous donne… 

Pour chaque tempête un arc-en-ciel, 

Pour chaque larme un sourire, 

Pour chaque dévouement une promesse et une bénédiction pour chaque adversité. 

Pour chaque problème que la vie apporte, un ami fidèle en partage, 

Pour chaque soupire un chant joyeux et une réponse pour chaque prière. » 

 

Daniel et Lucie Forget reviennent du Canada pour un dernier culte au temple de Luc-en-Diois le 28 juin à 15 heures, qui suivi de leur à-Dieu, avant de repartir vers le Canada. Vous êtes les bienvenus ! 

Daniel Forget, pasteur et musicien

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