Dominique Gour, qui êtes-vous ?
Retraité depuis 12 ans de l’Éducation nationale, diplômé d’un master de philosophie, je publie en 2025 aux éditions Labor et Fides, L’éclaireur, penser pour agir avec Paul Ricoeur. J’ai été pendant 35 ans conseiller d’orientation et directeur de centres d’information et d’orientation. Je suis aussi spécialiste de Raymond Devos et un grand marcheur. Je suis le cinquième enfant d’une fratrie de six enfants. J’ai bénéficié de l’ascenseur social et je suis le seul à avoir fait des études supérieures. Ma petite enfance ? pas facile. Ma mère était catholique très pratiquante ; mon père indifférent.
Je me souviens que lors des messes, je me demandais comment le sermon était reçu par des non croyants, avec ce sentiment d’être passerelle entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Jeunesses ouvrières chrétiennes, très ouvertes aux jeunes de milieux populaires qui voulaient faire des études. Et puis, à 41 ans, j’ai choisi de devenir protestant. Pour la place que le protestantisme laisse aux femmes, celle accordée à la Bible, à la liberté de conscience, pour l’enracinement de la foi avec les problèmes sociaux. J’ai été et suis encore très proche du Christianisme social, tout en étant, mon épouse et moi, engagés dans une équipe œcuménique biblique.
Dominique Gour
Pour(-)quoi écrivez-vous ?
Mon master de philosophie en poche, je n’ai pas choisi d’enseigner la philosophie. Je cherchais à donner du sens à ma vie. J’ai été très attentif à la façon dont Paul Ricoeur (1913-2005) s’est mis au service de professionnels en leur transmettant ses intuitions et ses réflexions sur l’éthique. Ses écrits sur la douleur et la souffrance ont beaucoup éclairé les accompagnants du soin et les praticiens de la fin de vie. Alors que son statut académique de philosophe l’enfermait dans une posture, en s’intéressant aux hommes et aux femmes de métier, il a ouvert son public au-delà du public étudiant, avec cette idée de démocratiser le savoir. Et c’est bien là une des motivations de mon écriture de ce livre
Quelle est l’histoire de ce livre ?
J’ai écouté beaucoup d’interviews de P. Ricoeur. Un en particulier où il dit qu’un problème se résout, non pas entre le bien et le mal, mais entre le mal et le pire. Je pense que l’éthique de Ricoeur est très respectueuse de la fragilité humaine. Puis, j’ai découvert que le philosophe avait fait don de sa bibliothèque à l’Institut protestant de théologie (Paris). J’avais envie de faire découvrir P. Ricoeur au plus grand nombre en écrivant un ouvrage populaire et en articulant son œuvre avec les événements de sa vie. Comme la question du mal, ou celle de l’injustice ressentie lors de la mort de son père. Enfin, j’ai été très attentif par la façon qu’a P. Ricoeur de poser les problèmes en termes de tensions. Et cela fait écho à ma vie. Tension entre mes origines sociales et mes études ; entre le catholicisme et le protestantisme ; entre la foi de ma mère et l’indifférence de mon père. À la lumière de l’œuvre de Paul Ricoeur, ces tensions sont fécondes pour nos vies.

