© Marc Frédéric Muller
Comme il n’y a pas de pasteur titulaire, Corinne Folletête, la présidente du conseil presbytéral, a proposé aux paroissiens de se prendre en main et d’animer une fois de temps en temps un culte. Vahiné – son nom complet est en fait Marsoep Vahinetua – est toujours volontaire pour intervenir, et la joie qu’elle partage est accueillie avec reconnaissance.
Au carrefour de l’Océanie
Vahiné a grandi en Nouvelle Calédonie. Son grand-père maternel était tahitien ; il est venu s’établir dans l’archipel mélanésien pour le travail ; côté paternel, sa grand-mère était tahitienne chinoise et son grand-père indonésien de l’île de Java. Son mari s’appelle Taumihau Marutea – Marutea est aussi leur nom de mariage ; cela veut dire « Grande espérance ». Il est de père polynésien et de mère chinoise tahitienne. L’immensité de l’Océanie n’a pas empêché les mouvements de population, c’est même un vrai « carrefour », une expression qui fait beaucoup rire Vahiné.
Servir là où c’est nécessaire
Marutea est militaire, affecté au 1er régiment d’artillerie de Bourogne. Sur un effectif de 800 personnes, environ 90 sont mélanésiens ou polynésiens. C’est une proportion assez élevée. Beaucoup de jeunes hommes font ce choix en raison d’une situation économique précaire dans les îles. Il y a trop peu d’offres de travail et l’armée recrute, d’où les nombreux engagements sous les drapeaux. Il est régulièrement envoyé en opération extérieure (Opex). Il s’est trouvé au Sénégal, au Mali, au Liban et devrait aller bientôt en Roumanie. Du fait de l’histoire missionnaire, beaucoup de ses camarades sont protestants, mais leur mobilisation extérieure ne facilite pas une implication dans une communauté ecclésiale.
L’Esprit souffle où il veut…
En France métropolitaine depuis dix ans, le couple s’est installé dans le Territoire de Belfort et a déjà passé sept ans à Beaucourt. Un fils est né, Marutua, puis une fille, Akaheiohiva. Des membres de la famille de Vahiné se sont rapprochés : son frère et sa mère, Tunua Tetuanui, qui était très impliquée dans l’Église en Nouvelle-Calédonie, a même suivi une formation à l’évangélisation. Au Pays de Montbéliard, elle s’étonne du manque de renouvellement dans les paroisses. Il lui semble que la Bible n’est pas assez présente dans la vie de l’Église. Or, « le centre de tout, c’est la Parole. On ne sent pas un goût pour la prédication, elle doit pourtant nourrir les fidèles ». L’oncle de Vahiné, Tunea Ariihau, se souvient de son adolescence et de son « baptême d’adulte », comme disait son pasteur – en fait une confirmation. Il n’avait pas suivi de catéchisme mais il a reçu une vision, un appel. Ses parents, très détachés de la vie ecclésiale, avaient alors repris le chemin du culte. Il est heureux aujourd’hui de faire partie de la communauté protestante locale.
Toute la famille s’est engagée à préparer une fête paroissiale tahitienne à Dasle, le 14 juin prochain. Des Tahitiens de la région se joindront à la fête : on entendra des chants en langue maohi pendant le culte puis, après la célébration, un repas aux saveurs polynésiennes sera partagé et accompagné d’animations. Vahiné se réjouit déjà !
