Qui s’exprime ainsi ? la Sorbonne en 1521. Mais que vient faire ici cette vénérable institution universitaire ? On sait qu’elle fut un bastion de la contestation étudiante en mai 68, mais on a peut-être oublié que jusqu’à la Révolution elle fut un instrument de défense de l’autorité ecclésiale et une protectrice du royaume de France. Si la pénétration des idées des réformateurs s’est opérée dans des conditions parfois difficiles, comme le montre notre dossier du mois, les chemins de Luther et Calvin ne furent pas parsemés de roses !
Pour saisir la portée de ces condamnations, voyons les mots utilisés, qui présentent ici une gradation moins offensive et moins brutale que pour Calvin deux décennies plus tard. Le niveau le plus faible de la critique se trouve dans les mots « offensantes », « scandaleuses » qui désignent le trouble engendré chez les fidèles ; « erronées », « mensongères » qualifient des erreurs doctrinales, mais qui demeurent encore corrigibles ; « pernicieuses », « subversives », « pestilentielles » présentent le cœur de la condamnation en raison des conséquences sur l’ordre social. Le degré le plus grave est le qualificatif « d’hérétique », qui sera abondamment utilisé contre Calvin. En effet, François Ier passa certes d’une tolérance relative à une condamnation de la doctrine de Luther après l’affaire des Placards, mais son successeur Henri II se lança dans une véritable persécution des protestants.
La Sorbonne ne pouvait pas punir directement mais bénéficiait d’une grande influence sur les instances en mesure de sanctionner : le Parlement de Paris ; le roi ; et bien sûr le pape. Elle sera active jusqu’à la Révolution, s’attaquant entre autres à la censure des écrits des philosophes comme Voltaire, qui qualifiait les théologiens de « bourreaux en soutane »…
Mais, c’est bien connu, on ne tue pas les idées en les censurant.
