Ses lettres étaient pleines d’humour et d’affection. Nous découvrions la vie quotidienne au pénitencier, son lien avec ses compagnons dont il soutenait le moral. En prison, il s’était remis à étudier, et nous partageait le réconfort que lui apportait la lecture des Écritures saintes, mais aussi de philosophes, penseurs ou romanciers. Ses lettres nourrissaient notre foi, nous questionnaient sur les dysfonctionnements du monde. Nous partagions avec lui le désir d’œuvrer pour la paix.
Après l’élection de 2016, il était resté des mois sans écrire, plongé comme les autres condamnés dans une dépression profonde. En septembre 2017, commentant la citation de notre carte de Noël : « les ténèbres passent, la lumière revient », il notait : « C’est vrai, mais il semble que le Président Trump soit pour nous une éclipse de soleil permanente. » Les années suivantes, il nous a écrit régulièrement et nous a préparés à cette reprise des exécutions, qu’il savait inéluctable.

Une éclipse de soleil permanente
Le 2 août, avec copie de l’avis officiel de sa date d’exécution, il écrit : « Nous sommes les spectres d’hommes morts. Celui que nous avons été a péri depuis longtemps. Pourtant, nous sommes hantés par ce moi d’avant, qui agite bruyamment nos souvenirs, comme tant de chaînes nous reliant au passé. Condamnés à mort, nous sommes de fait des hommes morts, mais celui qu’ils veulent vraiment exécuter est un fantôme, une relique des jours enfuis, une bête noire qu’il faut exorciser, un symbole du mal qu’il faut purifier par leur cérémonie de mort. Tel est l’héritage de ceux qui cherchent la vengeance en guise de justice… »
Garder le souci des condamnés
William nous a permis d’établir le lien avec son avocat et avec la religieuse qui l’a accompagné jusqu’à la mort. Il a continué à creuser en lui cet espace de paix et nous a remerciés d’avoir rendu sa vie plus belle. Il nous a demandé de garder le souci de ses compagnons. Une vaste chaîne de soutien par l’envoi de poèmes et de lettres, et par la prière, s’est mise en place autour de Will, jusqu’à la veillée du 22 septembre, date de sa mise à mort.
Aux USA, beaucoup de citoyens se mobilisent aujourd’hui pour que cessent les exécutions. Chrétiens de toutes confessions engagés à l’Acat, nous participons à ce combat pour que soient respectées la vie et la dignité de tout homme.
Accélération des exécutions en fin de mandat
À contre-courant d’une tendance en baisse aux États-Unis, l’administration Trump a multiplié les mises à mort de détenus condamnés à la peine capitale. Cette multiplication s’est même accélérée dans les dernières semaines avant la fin du mandat de Donald Trump. Celui-ci comptait avoir fait exécuter treize détenus avant de quitter le pouvoir. Avant lui, seul George Bush avait eu recours à la peine capitale à trois reprises. Le président sortant a même demandé le droit d’utiliser des pelotons d’exécution alors que seule l’injection létale est autorisée au niveau fédéral.
