En arrivant dans l’appartement de Jean Verney, vous comprenez tout de suite à qui vous avez affaire. Au milieu de son salon trône majestueusement un orgue. Le face à face est saisissant pour celui qui ne s’y attend pas. Une double rencontre, avec un personnage, bien sûr, mais aussi avec l’instrument auquel il a consacré une partie de sa vie.
Jean Verney, c’est tout d’abord un sourire plein de jeunesse, un homme un brin taquin, à la mémoire affûtée. Rien ne lui échappe, surtout pas l’évolution de notre Église. C’est certain qu’en 80 ans de service, il a accompagné, constaté, subi les changements profonds de l’Église réformée. Derrière le clavier des différentes orgues sur lesquelles il a joué, il a accompagné des générations de jeunes et moins jeunes protestants.

(© NB)
Vivre un appel
Car en effet, tout est là. Il est devenu organiste au hasard de la grande histoire. En pleine Seconde Guerre mondiale, le jeune Jean vit à Marseille, où il est né. Nombreux sont les hommes partis à la guerre. Il n’y a, pour ainsi dire, plus d’organistes pour accompagner les cultes. On lui demande donc, alors qu’il a environ 14 ans, d’assurer ce qu’il considère lui-même comme un ministère au service de la musique.
Ses premières armes, il les fera sur l’orgue du temple de la rue Grignan à Marseille.
Il se marie en 1952. Son épouse, originaire de Nîmes, souhaite se rapprocher de son père âgé. Ils décident donc de franchir le Rhône pour revenir dans le Languedoc et s’installent à Nîmes où Jean accompagne les cultes tous les dimanches, jouant souvent deux fois dans la même journée.
Pendant l’été, le jeune professeur de mathématiques et son épouse partent dans les Cévennes rejoindre leur maison de famille à Vialas. Là aussi, il accompagne les cultes mais sur un vieil harmonium qui présente quelques signes de faiblesse. Le détail a son importance dans le parcours du musicien liturgique.

Un orgue dans le salon de Jean Verney, à Nîmes (© NB)
Devenir facteur d’orgue
D’interprète à constructeur, le chemin ne semble pas évident. Et pourtant Jean Verney a construit plusieurs orgues, en a restauré d’autres et installé quelques-uns.
Lorsqu’il s’installe à Nîmes, il est « bombardé », comme il le dit, professeur à Combas. C’est là qu’il rencontre le pasteur Pierre Vallotton. Une fois par semaine, la famille Vallotton le recevait à déjeuner, il avait leurs enfants comme élèves. On ressent de la gratitude envers cette famille dans le discours de Jean. Le couple l’a aidé à s’installer dans le village comme jeune professeur et à se faire connaître. Tous les soirs, il rentrait à Nîmes rejoindre sa propre famille.
Mais alors, comment en arrive-t-on à construire un orgue ?
Le pasteur Vallotton, fondateur de la Fédération Francophone des Amis de l’Orgue, était en train de fabriquer… un orgue. Pour Jean Verney, cela ne pose aucun problème. « Pourquoi pas moi ? » Il se lance dans l’aventure.
Il faut dire que Jean avait déjà « bricolé », avoue-t-il modestement, des instruments, ajoutant un pédalier à des harmoniums, réparant de vieux soufflets poussifs et percés.
« Fabriquer un orgue ? C’est principalement de la menuiserie. » Qu’à cela ne tienne, presque quatre orgues plus tard, Jean Verney est devenu un spécialiste de l’instrument. Dans l’ordre chronologique, Jean Verney a construit un orgue dans sa maison de Vialas, puis dans sa maison de Nîmes, il enchaîne avec celui du temple de Vialas et il aide actuellement son fils à construire son propre orgue. Il a aussi aidé à l’installation de l’orgue du temple de Florac qui, arrivant de Suisse, avait besoin d’une intervention avant d’être utilisé.
Son chef d’œuvre
L’orgue le plus important qu’il ait construit est celui du temple de Vialas. Ce temple est bien connu puisqu’il date de 1612 et n’a pas été rasé à la Révocation car il a servi d’église. Il est revenu ensuite au culte protestant. Le lieu était plutôt humide et l’harmonium de 1890 a fini par rendre l’âme. Un second est venu le remplacer, mais il était insuffisant. Jean a proposé au Conseil presbytéral de construire un orgue. Pendant dix ans, il a essuyé des refus, le Conseil ayant peur de l’humidité et d’une vétusté précoce de l’instrument.
C’est un pasteur à la retraite, Franck Hervé, qui en regardant les archives, a retrouvé ce projet d’orgue.
- Hervé le contacte et relance le projet en 1974. Jean dessine le projet du nouvel orgue et une lettre de souscription est envoyée pour un appel financier. Chaque donateur s’engageait à donner pendant trois ans une somme pour la réalisation de l’orgue. Tout fonctionne, l’argent rentre, beaucoup de familles ayant une résidence secondaire à Vialas participent au projet de l’orgue.
Au fur et à mesure des entrées financières et en fonction de son temps libre (Jean est toujours en activité), la construction de l’orgue avance. Trois ans plus tard, en 1977, l’orgue du temple de Vialas est inauguré.
Il n’a pas été limité à l’accompagnement liturgique ; l’objectif était également de pouvoir organiser des concerts pendant l’été. D’ailleurs, chaque été, lors des stages d’orgue organisés à Alès, le temple de Vialas est mis à disposition des jeunes stagiaires.
Une vie au service de l’accompagnement liturgique des cultes – « c’est là que je me sens le plus utile », dit Jean – est difficile à résumer. Mais Jean Verney a aussi beaucoup à nous apprendre sur la vie de l’Église et son évolution. Un immense merci pour sa disponibilité et sa gentillesse. Vous pourrez l’entendre le 29 mars à Nîmes, dans l’accompagnement du culte.
