La fraternité comme projet

Au printemps dernier, l’État lançait un appel d’offre sur un programme de réinstallation de réfugiés en France. L’Entraide Pierre Valdo fait partie des principaux opérateurs dont la candidature a été retenue. Cette association œuvrant dans le champ de l’accueil et de la réinsertion des demandeurs d’asile et des réfugiés, semble bien loin du projet d’offrir un espace de loisir pour les enfants des familles protestantes lyonnaises en 1948. Hier comme aujourd’hui, pourtant, c’est la fraternité qui est au cœur de son projet.
Accueil de loisirs en plein air à Lyon-même
© EPV

En 1948, l’Entraide protestante de Lyon reçoit en legs une vaste propriété dans le Ve arrondissement de la ville. L’objet de cette donation est de faire bénéficier les enfants des familles lyonnaises d’un espace en plein air qui ne soit pas trop éloigné du centre-ville. Pendant une vingtaine d’années, des chantiers sont organisés au 176 rue Pierre Valdo pour permettre à des groupes de jeunes protestants de participer à la construction d’un ensemble de bâtiments et de locaux pour accueillir des journées d’Église, des accueils d’enfants, des journées en plein air pour des personnes âgées isolées ou en maison de retraite. Au départ, des activités à caractère social ont été mises en œuvre pour les enfants et la population du quartier. Dès les débuts, la dimension d’ouverture et d’accueil de l’autre a été au cœur des projets de « Pierre Valdo ».

 

Un accueil qui s’élargit par paliers

 

Afin de permettre l’exploitation des locaux et leur entretien, une association, Centre Pierre Valdo, est créée en 1967. Son objectif principal reste l’accueil des jeunes et des enfants, dans un esprit de fraternité et de solidarité internationale, dans le respect des Droits de l’homme et des minorités. C’est dans cet esprit qu’en 1974 une partie des locaux est mise à la disposition d’un nouveau projet, un Centre provisoire d’hébergement, dans le cadre de l’accueil au niveau national de réfugiés chiliens et uruguayens fuyant les dictatures de leur pays. L’accueil des familles et des enfants du quartier et des Églises lyonnaises se poursuit également pendant ces années, faisant se croiser en ce havre de verdure, des populations avec des histoires et des parcours très divers.

 

Les deux dimensions de l’accueil de demandeurs d’asile et de réfugiés, d’une part, et d’enfants d’autre part, se poursuivent l’un avec l’autre pendant les décennies suivantes. En 1980, un centre de loisirs sans hébergement est créé, afin de prolonger cet accueil des plus jeunes dans le cadre de l’évolution législative des années 1980-1990, qui cherche à professionnaliser l’encadrement des activités proposées aux mineurs. Dans la même décennie, en 1987, un centre de formation pour les étrangers est ouvert afin de permettre une meilleure intégration des demandeurs d’asile et réfugiés après leur régularisation.

 

Inauguration des nouveaux locaux de l’accueil de loisirs en 2015
© DR

Faire de la place aux demandeurs d’asile

 

En 1995, devant l’augmentation de la demande d’hébergement des demandeurs d’asile en France et en région lyonnaise en particulier, le Centre Pierre Valdo décide l’ouverture d’un Centre d’accueil pour les demandeurs d’asile (CADA). Ainsi, les réfugiés sont-ils hébergés et accompagnés pendant le temps de l’instruction de leur dossier. Cette plus grande place faite à l’accueil des étrangers réoriente petit à petit le projet du Centre Pierre Valdo pendant les dernières années du XXe siècle, par une plus grande spécialisation nécessaire vers l’accompagnement de ces publics fragilisés.

 

En 2001, l’association Entraide Pierre Valdo, telle qu’elle existe aujourd’hui voit le jour, sous l’impulsion conjointe de trois acteurs protestants dans le champ de l’accompagnement des publics en situation de précarité ou d’exclusion : l’Entraide protestante de Lyon, l’Association familiale protestante de Saint-Étienne et le Diaconat du Chambon-sur-Lignon, avec l’aide d’autres opérateurs et partenaires locaux du secteur de l’accueil. Chacune de ces structures a ouvert, dans les années 1995-2000, des CADA, à côté du Centre de loisirs sans hébergement et du Centre d’hébergement provisoire de Lyon-Pierre Valdo.

 

Le Cada du Chambon-sur-Lignon
© DR

Un demi-siècle de fraternité

 

Les premières années de cette nouvelle Entraide Pierre Valdo sont bien entendu consacrées à la consolidation de cette association, qui est désormais présente sur trois départements et compte plusieurs établissements où l’engagement des bénévoles doit nécessairement s’articuler au professionnalisme des salariés, pour faire fac

 

Un bel espace pour grandir
© EPV

e aux exigences des pouvoirs publics dans ce secteur d’activité. Plus largement, son savoir-faire s’étend également aux personnes vulnérables, par l’ouverture d’un Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) dans deux communes de la Plaine du Forez. C’est également dans cette phase de transition que le pôle Accueil de loisir sans hébergement est renforcé, par la création de nouveaux locaux sur le « site historique », permettant aujourd’hui l’accueil de près de 200 enfants de 3 à 15 ans tous les mercredis et pendant les vacances scolaires.

 

Bien loin, aujourd’hui, de sa seule implantation « rue Pierre Valdo » à Lyon, l’Entraide Pierre Valdo compte de nombreux établissements, dont la plupart ont été ouverts au cours de la dernière décennie, face à l’augmentation de la demande d’hébergement et d’accompagnement des demandeurs d’asile et des réfugiés. Les derniers mois ont également vu se multiplier les sollicitations des pouvoirs publics, afin de désengorger la région parisienne ou la jungle de Calais. Après plus d’un demi-siècle consacré à l’accueil de l’autre, l’Entraide Pierre Valdo est aujourd’hui un acteur reconnu par l’administration, de l’arrivée des personnes sur le territoire français, avant même l’enregistrement de leur dossier de demande de régularisation jusqu’à leur insertion après leur régularisation, en particulier par la formation et des solutions de logement accompagné jusqu’à l’autonomie des personnes. L’Entraide Pierre Valdo est présente par des établissements dans les départements du Rhône et de la Loire, mais aussi, en Haute-Loire, en Ardèche et dans le Vaucluse.

 

 

 

 

 

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