Lucie Maquin : servir à tout prix !

Depuis peu, l'Église Protestante Unie de Fives a entrepris le projet de créer un lieu de séjour et d'accueil dans l'ancien presbytère, que la nouvelle pasteure, Emmanuelle Seyboldt n'occupera pas. Pour s'en occuper, une paroissienne farouchement décidée à mener à bien le projet : Lucie Maquin.

Lucie dans le jardin © Françoise Marti

– Bonjour Lucie, vous faites partie de la paroisse de Fives depuis longtemps et maintenant de son Conseil presbytéral ? 

 

– Oui, j’en fais partie depuis 11 ans et je suis au Conseil depuis plus d’un an maintenant. 

 

– Et avant, vous faisiez quoi ? 

 

Avant, j’ai eu un parcours de femme célibataire, un célibat choisi, dans l’Union de prière de Charmes(1) qui m’a beaucoup aidée à vivre une spiritualité accomplie. D’ailleurs tous les pasteurs de Fives jusqu’au pasteur Bechdolff faisaient partie de cette Union de prière. Et lors d’une retraite à Charmes, j’ai rencontré les Diaconesses de Reuilly, que je connaissais par ailleurs, et j’avais envie de vivre mon célibat dans une vie de service. J’avais 25 ans à l’époque. Mais là, j’ai découvert que les Diaconesses de Reuilly étaient maintenant à Versailles, et que l’hôpital (les œuvres) avaient été séparé de la communauté, car des sœurs désiraient une vie plus contemplative, de silence, de prière, en suivant l’office de Taizé et le modèle des monastères bénédictins. C’était très beau, très riche, mais avec moi, ça a été assez difficile, parce que je voulais aller en paroisse, aider des pauvres, aider des malheureux… Alors on m’a envoyée comme gestionnaire à l’école d’infirmières, au foyer de jeunes filles. Là, on m’appelait Sœur Sarah, je portais l’habit religieux, c’était très important pour moi. Puis la Communauté au bout de 12 ans m’a demandé de venir à la cuisine, et j’ai dû quitter un monde que j’aimais beaucoup. Là, j’ai senti que ce n’était plus pour moi : j’effectuais impeccablement mon travail, mais le contact avec les gens me manquait trop. 

 

– Et alors qu’avez-vous fait

 

– J’ai décidé de partir : « Je veux servir Dieu à Paris ! ». J’ai fait du ménage à domicile chez les gens. Ils savaient que j’étais religieuse, j’avais mon habit, et j’ai travaillé ainsi à Paris pendant 13 ans. Mais une nouvelle prieure a voulu rassembler la Communauté, il fallait que je rentre à Versailles, et, convenant à mon aspiration au service, un travail à l’hôtellerie m’attendait, mais finalement ça ne s’est pas fait, mais moi, ma vie c’est l’accueil. J’avais déjà rendu mon logement à Paris, alors j’ai préféré partir et quitter la Communauté : j’avais 61 ans, je n’étais pas faite pour une vie de silence et de prière en communauté fermée, mais j’étais sûre que le Seigneur allait me conduire. 

 

– Comme ça ? Vous êtes partie ? 

 

– Étant diaconesse, j’avais participé aux retraites de l’Union de prière de Charmes, à l’ACAT, à des camps de jeunes avec entre autres Christian Baccuet, l’actuel président de l’EPUDF où je m’occupais de la cuisine et de la liturgie ; là, je m’épanouissais. Bien sûr, à la Communauté c’était bien parce que j’ai appris énormément sur moi, le silence, la prière, j’ai composé des chansons… mais le silence, les quatre offices par jour, c’était trop pour moi. 

 

Ayant travaillé à Charmes pendant un an à l’école de filles tenue par M. Blanc (qui a été pasteur à Fives pendant 40 ans) et sa femme, je connaissais des paroissiens de Fives, et j’avais envie de me réengager dans une vie de service pour l’Église, mais je ne savais pas exactement ce que j’allais faire. Venue à Fives, j’ai cherché ma voie un moment. Puis il y a eu le Covid : quel bonheur ! Nous avions des séances zoom tous les vendredis avec l’Union de prière de Charmes, les études bibliques par zoom avec la pasteure (Aurélie Derupt) et du temps pour faire le point avec soi-même. Alors, je me suis décidée et j’ai demandé à faire partie de l’équipe d’accueil de la paroisse(2). Un peu plus tard, le Conseil m’a demandé de rejoindre l’équipe de liturgie. Oh là là ! Je revivais. 

 

– Mais entre temps, que faisiez-vous ? 

 

– Oh, je n’ai pas perdu mon temps, je faisais de l’accueil Airbnb dans ma maison. Là, c’était formidable : j’ai accueilli plus de 200 personnes de toutes sortes, des étrangers, des étudiants, des femmes… 

 

– Mais cette maison, vous l’aviez choisie ? 

 

– Non, elle m’a été donnée par Dieu ! Cette maison, je l’avais repérée et je la voulais. Nous étions partis en Israël, avec des amis, et là, au Mur des lamentations, j’ai prié et j’ai dit : « Seigneur, donne-moi cette maison, et j’en ferai une maison d’accueil ». Quand nous sommes rentrés, j’ai eu la surprise que le propriétaire m’accorde la location de la maison ! Et maintenant, ici, c’est un nouveau projet, toujours pour l’accueil… 

 

– C’est ça, vous transformez le presbytère en maison d’accueil ? 

 

– Oui. Nous avons appris que la nouvelle pasteure ne prenait pas le presbytère, et au Conseil, avec une audace que j’ai quelquefois, j’ai dit : « Je vais y habiter et on fera une maison d’accueil ». J’ai rédigé mon projet pour entreprendre un lieu d’accueil d’Église, un lieu chrétien, un lieu spirituel. Je savais que Dieu me voulait pour cela. C’est un lieu magnifique, avec un jardin et un poulailler ; le poulailler, j’y tenais beaucoup ! On ressent les choses, tout ce qu’on a envie de faire, on peut le mettre au service de Dieu. Et c’est après que j’ai compris que mes 3 vœux : célibat, obéissance et partage de biens, ces 3 vœux, je peux les vivre partout ! 

 

– Mais quand vous étiez petite, étiez-vous une petite fille très mystique ? 

 

– En fait, j’étais rêveuse, je lisais ma Bible pour enfants et je voyais Jésus partout. Puis j’ai grandi, j’allais à l’Église tous les dimanches mais ça ne me disait pas grand chose ; je faisais des études de couture, j’étais surtout préoccupée par la mode et j’allais danser et à 18 ans, j’ai eu mon permis de conduire. J’ai commencé par aller à la chorale d’Hénin Beaumont, et des amis m’ont entraînée dans un bar chrétien. Là j’ai connu un retour au Seigneur avec Jeunesse en Mission(3) (c’était le pasteur Jean Pierre Besse à Hénin Beaumont) : il y avait une telle ambiance, j’ai su que c’était ça qu’il me fallait. J’étais toujours à l’Église, je n’allais plus dans les bals. Un jour, une amie me dit : « Est-ce que tu as accueilli Dieu dans ta vie ? Est-ce que tu l’as en toi ? ». Je m’interrogeais, et puis il y a eu une session de Jeunesse en Mission à Hargicourt, et là, je me suis convertie. 

 

Dans un camp de Jeunesse en Mission, ils m’ont offert une Bible avec la dédicace : « Fais de l’Éternel tes délices, et il agira »(4). C’est beau, hein ? Et je fais de ce précepte ma devise depuis ce temps-là.

 

(1) L’Union de Prière est une communauté de l’Espérance. Son siège est à Charmes sur Rhône (Ardèche). Son objet est de susciter, de maintenir et de développer un mouvement de prière en vue de la venue en gloire de Jésus-Christ. Elle a été fondée en 1946 par le pasteur Louis Dallière (1897-1976), alors pasteur de l’Église réformée à Charmes. Sa fondation répondait à deux préoccupations majeures : d’une part, maintenir l’élan d’un réveil dans l’Église sans briser son unité ; et d’autre part, donner vie au sein de l’Église à une prière pour l’avènement du Seigneur. Autour de cette clé de voûte que constitue la prière pour la venue en gloire du Seigneur, se sont greffés trois autres sujets d’intercession :
– La prière pour le réveil de toutes les Églises par la conversion personnelle à Jésus-Christ ;
– La prière pour l’illumination du peuple juif, annoncée dans les Écritures, avec la conviction que la parousie ne pourrait s’accomplir sans la réintégration d’Israël (Romains 11.15, 25 et 26) ;
– La prière pour l’unité visible du Corps de Christ et pour le labeur oecuménique.
(2) La paroisse de Fives organise un accueil deux après-midis par semaine dans un lieu ouvert sur la rue, nommé « La Bonne Nouvelle ».
(3) Jeunesse en Mission (JEM) est une organisation internationale formée de chrétiens provenant de différentes cultures, générations et traditions chrétiennes, consacrés à servir Jésus dans le monde entier. Aussi connus sous l’abréviation JEM (à prononcer « J’aime ») et unis dans un seul but : connaître Dieu et le faire connaître.
(4) L’Église Réformée d’Hénin-Beaumont (l’église protestante), bd Gabriel Péri, a connu dans les années 70 une période de réveil. Sous l’impulsion du pasteur Jean-Pierre BESSE sont apparus des groupes de prières, des actions d’évangélisation, notamment sous forme d’un café-bar, et un renouveau du style cultuel. Ce dynamisme a, durant un temps, fait grandir l’église, notamment par un afflux de jeunes.

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