Quiconque connaît une petite fille dans son entourage proche sait combien la licorne est un animal inspirant qui se décline sous de multiples formes, peluches ou déguisements divers. Elle porte pourtant une symbolique bien plus riche que ce que l’on peut voir dans les magasins de jouets.
© The Metropolitan Museum of Art /Dist. Rmn
Ce tableau de 1906 illustre le retour de la mode des licornes chez les symbolistes
Un phénomène universel
Le musée de Cluny est l’endroit idéal pour servir de cadre à une exposition sur cet animal. Il possède en effet la célèbre série de tapisseries de La Dame à la licorne, joyau du XVe-XVIe siècle. Aux collections permanentes, déjà très riches, se sont ajoutés de nombreux prêts venus du monde entier. Comme le dragon, la licorne est un de ces phénomènes quasiment universel que l’on retrouve un peu partout, en particulier en Orient et Extrême-Orient. Depuis la plus haute Antiquité, on en trouve dans la vallée de l’Indus, jusqu’en Chine et au Tibet. De ce dernier pays, autrefois indépendant, vient une figurine en bronze doré étonnante, où la licorne ressemble à une gazelle dotée d’une petite corne. De nombreuses figurations chinoises sous différentes formes (en céramique, sculptées…) sont présentées, mais aussi perses, turques ou même japonaises. Bien des voyageurs assurent en avoir vu, des Grecs anciens jusqu’à Marco Polo lui-même ; la réalité de son existence n’a commencé à être discutée qu’à partir de la Renaissance.
Des vertus spirituelles
Imaginaire, la licorne peut donc se parer de toutes sortes de caractéristiques selon les périodes ou les pays. C’est ainsi que le visiteur de l’exposition va passer de salle en salle, avec des objets ou œuvres d’art choisis et montrés par thématique. Elle peut être agressive et sauvage ou orgueilleuse, mais au Moyen Âge en Europe elle est souvent associée au Christ et symbolise la pureté. C’est la raison pour laquelle on la trouve figurant sur des tableaux de la Vierge ou de jeunes filles sur des portraits de mariage. Ses vertus en font aussi un animal guérisseur. Sa corne est broyée, ou simplement creusée pour servir de contre-poison et filtrer les boissons. Des exemplaires richement décorés témoignent de cette croyance. Ce sont en réalité des dents de narval ou même des morceaux d’ivoire d’éléphant, que de nombreux princes ou rois voulaient acquérir à tout prix et qui étaient un ornement indispensable dans leurs collections.
Un succès toujours très actuel
Après une éclipse, la mode des licornes est revenue en force avec le retour à la mode du Moyen Âge, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. Pure, gracieuse, rapide et forte, son image a été utilisée pour des logos d’entreprise mais a aussi inspiré les symbolistes dont quelques beaux tableaux illustrent cette vogue, au tournant du XXe siècle.
De nos jours, des artistes féminines se sont emparées de cette symbolique pour des visions plus militantes. Avec l’arc-en-ciel, on retrouve la licorne dans les revendications de minorités sexuelles ou pour la défense d’une nature surexploitée. Enfin que seraient les motifs de décorations pour enfants sans les licornes ?
Le musée de Cluny est le bon endroit pour rappeler toute la richesse et l’universalité de cet animal fantastique. Les objets exposés, d’une grande diversité, en sont les très beaux et intéressants témoignages.
© MAK/Ingrid Schindler
Hommes sauvages et animaux fabuleux : sur cette tapisserie du XVe siècle de Bâle, la licorne figure en bonne place (détail)
Licornes ! Jusqu’au 12 juillet au musée de Cluny, 28 rue du Sommerard, Paris 5e. Tlj sauf lundi, de 9 h 30 à 18 h 15, jusqu’à 21 h les premiers et troisièmes jeudis du mois.
