Terre très tôt touchée par la Réforme, c’est un territoire chargé d’histoire (cf. encadré). On ne le sait pas toujours, mais les guerres de religion ont été sévères dans le pays et, jusqu’il y a encore une dizaine d’années, l’identité protestante était bien affirmée, à l’écart du catholicisme. Depuis, les choses se sont apaisées et l’œcuménisme va bon train.
J’ai rencontré les deux communautés du Pays Foyen et de la Moyenne Dordogne réunies au temple de Pessac-sur-Dordogne un beau dimanche de septembre. Malgré les mesures sanitaires, les quarante participants ont vécu un culte édifiant célébré par Gilbert von Allmen, pasteur à mi-temps pour le Pays Foyen.
Sa collègue à mi-temps pour le Pays Foyen et à mi-temps pour la Moyenne Dordogne est Marianne von Allmen-Kohler. Les deux Églises locales sont ainsi déjà rapprochées par le couple pastoral.
Ici, les cultes sont célébrés en commun de juin à octobre dans les divers lieux de culte des deux Églises locales du Pays Foyen et de la Moyenne Dordogne. Chaque village a son temple et les communautés réunies se retrouvent pour les cultes, avec les résidents estivaux.
Les retrouvailles sont joyeuses, et l’entraide a préparé une petite vente pour la fin du culte.
Les activités
En Pays Foyen, des groupes de quartiers dans les villages autour de Sainte-Foy sont très vivants. Ils réunissent de dix à vingt-cinq personnes.
Depuis le confinement ont lieu des réunions de quartier, appelées « l’Église au jardin » (aux beaux jours) et « l’Église au salon » (l’hiver). C’est le désir de se retrouver qui a fait éclore ces rencontres. À chaque réunion, les discussions s’engagent à partir d’un thème (le pardon, la vigne dans l’Ancien Testament…) ou d’un livre.
Un groupe d’études bibliques est animé par la pasteure Von Allmen-Kohler et un autre groupe a une dimension œcuménique ; les réunions sont préparées par les laïcs et se déroulent avec le pasteur et le prêtre.
Plus généralement, l’œcuménisme se vit localement avec les catholiques, les orthodoxes et les anglicans.
La catéchèse est mutualisée pour le Pays Foyen et la Moyenne Dordogne. Elle accueille quatre petits et sept catéchumènes ; elle est animée par Marianne et Noëlle.
Les activités paroissiales se prolongent avec l’Entraide qui propose, outre un soutien ponctuel pour des personnes, un soutien scolaire du primaire au bac, voire après si nécessaire. Ce soutien scolaire rencontre un vif succès et se déroule dans les locaux paroissiaux.
L’Acat (contre la torture) se retrouve une fois par mois, organise la journée de prière du mois de juin et participe au forum des associations.
L’association C-FAR (collectif foyen pour l’accueil des réfugiés) mobilise au-delà des Églises ; il vise à aider les familles de réfugiés, pour la recherche de logement, les papiers…
La crise sanitaire
Pendant le confinement, les paroissiens ont été contactés au téléphone pour garder ou tisser des liens. Les cultes ont été imprimés et déposés dans les boites à lettres. Le culte de Pentecôte a été proposé en vidéo. Et des réunions de quartier « à la maison » ont vu le jour.
Les projets et difficultés
Un conseiller soulignait l’importance de conserver une certaine simplicité dans la communauté afin de rendre l’endroit accueillant pour tous ceux qui souhaitent venir. Aujourd’hui la question qu’il se pose est de trouver un moyen d’approcher ceux qui sont en quête de sens pour leur vie ; tous ceux qui, arrivés à la quarantaine (ou avant !) sont sortis des années de la première jeunesse et réfléchissent à leur vie, à son sens, à leur manière de vivre, que ce soit en famille, dans la Création ou avec les autres. Il aimerait leur dire « Viens voir ici, dans l’Église, c’est un lieu pour vivre, réfléchir, se relever ! » Mais une question demeure : comment leur faire savoir que le message de l’Évangile est libérateur, édifiant ?
La difficulté des Églises locales est le vieillissement global de ses membres, ce qui interroge pour l’avenir. Pour lui, l’engagement de chacun, en fonction de ses disponibilités, contribue à faire vivre la communauté, même si ce n’est pas toujours facile.
LA COMMUNAUTÉ, QUELQUES CHIFFRES
Pays Foyen : 230 foyers
Moyenne Dordogne : 200 foyers
2 communautés très proches géographiquement et habituées à vivre ensemble :
cultes communs l’été, culte de rentrée commun et, depuis 3 ans, un journal commun qui change de nom cette année : Le Trait d’union.
8 temples :
Les temples du Pays Foyen :
Sainte-Foy-la-Grande (cultes célébrés toutes les semaines sauf 1 fois/mois)
Les Briands (culte 1 fois/mois toute l’année)
Eynesse : cultes l’été
Le Fleix : en travaux
Les temples de la Moyenne Dordogne (cultes à tour de rôle dans chaque lieu) :
Saint-Antoine-de-Breuilh
Montcaret
Pessac-sur-Dordogne
Gensac
25 enterrements/an
1 baptême/an
1 bénédiction de mariage/an
5 confirmations en 5 ans
La société de l’Histoire du protestantisme dans la Vallée de la Dordogne à Sainte-Foy : elle réunit 60 membres, 15 bénévoles actifs, 20 000 documents sur les Églises de Dordogne et la Fondation John Bost. Son site : chroniquesprotestantesvalleedordogne.org/index.html
Histoire
EN QUELQUES DATES…
1530 Premiers prêches protestants.
1578 Synode national, le premier après la St-Barthélemy, présidé par Henri de Navarre.
Important car insiste sur l’instruction et le libre examen.
1622 Ste-Foy se rend face aux armées royales (contrairement à Montauban et la Rochelle).
1589-1600 Construction du premier temple de Ste-Foy (demandé par Henry IV), 2000 places.
Destruction des Églises et les consuls de la ville jurent sur la Bible.
1675 et 1683 Destruction de tous les temples de la région.
21 fév. 1745 Assemblée du désert au Fauga ; rassemble 6000 protestants, pasteur Jean de Loire.
1807-1827 Construction de temple à Eymet, puis au Briand, Ste-Foy-la-Grande (constructions tout au long du xixe s.).
1825 Ouverture du collège protestant de Ste-Foy.
1818-1891 Lycée protestant de jeunes filles.
1945 Fusion de toutes les paroisses (réformées, évangéliques et libérales) dans l’Église réformée de France.
1938-1970 Collège de Guyenne (a abrité des juifs pendant la guerre) ; méthodes nouvelles d’éducation.
