Le conférencier a passionné les 60 personnes présentes au Hâ 32 avec sa conférence : Protestantisme et Islam, de la polémique à la sympathie. Après avoir indiqué que les Réformateurs protestants avaient des positions différentes sur l’Islam, allant du rejet à la fascination, le conférencier a replacé le sujet dans sa perspective historique.
Connaissance
En 1517, l’Empire ottoman conquiert de manière fulgurante les rives orientale et australe de la Méditerranée (Syrie, Palestine, Égypte, Libye et Tunisie). En 1526, l’armée ottomane écrase l’armée hongroise.
Bibliander pense que l’Islam est une hérésie chrétienne
Et en 1529, les troupes turques sont aux portes de Vienne. Dans le contexte de la Réforme naissante, la progression de l’Islam est ressentie par Luther comme une punition des chrétiens, un fléau envoyé par Dieu. Confronté au rejet de ses thèses par la Papauté, Luther s’interroge ; il ne considère plus Mahomet comme l’Antéchrist mais comme un païen guerrier. Rejetant l’idée de combattre les Turcs par les armes, Luther préconise la confrontation théologique et donc la nécessité de connaître l’Islam dans sa foi et ses pratiques.
Édition
À partir des rares documents dont il dispose, Luther s’efforce de se faire une image aussi claire que possible de l’Islam. À sa suite, Théodore Bibliander est convaincu que la meilleure façon de lutter contre l’Islam est de le réfuter au niveau de la foi. À cette fin, il apprend l’arabe, traduit le Coran en latin à partir de manuscrits amenés à Bâle par Jean de Raguse et en réalise la première édition imprimée en 1543. Bibliander est frappé par le fait que le Coran donne une image positive du Christ et, suivant l’opinion de Jean Damascène, pense que l’Islam est en réalité une hérésie chrétienne. Il préconise même son enseignement à l’Université, ne serait-ce que pour le réfuter. Originaire d’Espagne, Michel Servet a côtoyé des musulmans à l’Université de Salamanque. Cherchant à les convaincre, il constate que, pour eux, l’obstacle principal à la conversion était le dogme trinitaire. Pensant en percevoir une critique chez certains Réformateurs comme Mélanchton, il pense que ce dogme peut être abandonné.
Apaisement
Au XVIIe siècle, la fascination érudite de Bibliander se développe à l’Université de Zurich, où Jean Henri Hottinger étudie le monde arabe et inaugure la recherche en islamologie. Il en est de même à l’Université de Leyde avec une étude critique du Coran et de son histoire. Une approche objective, décrivant de manière non polémique l’Islam, valorise cette religion. Cette approche est souvent le fait de savants proches des milieux déistes qui, au-delà des différences religieuses, préconisent une paix entre les religions, sur la base d’une religion naturelle, opinion qui a influencé les philosophes des Lumières. On en arrive alors à une vision plus apaisée de l’Islam, voire à une critique du Christianisme, mais surtout à la conclusion que c’est par l’échange que l’on arrivera à l’apaisement des relations.
