L’ancien Premier ministre Lionel Jospin © François Daburon/Wikimedia Commons
A l ’occasion de la mort de Lionel Jospin, le 22 mars dernier, de nombreux médias se sont interrogés sur les liens de l’ancien Premier ministre avec le protestantisme, certains allant même jusqu’à se demander si« le protestantisme avait influencé sa pratique politique » (RCF), d’autres, comme Libération, évoquant « un protestant athée qui ne transigeait pas avec sa conscience ».
Si cette question émerge, c’est sans doute parce que les deux Premiers ministres qui, au cours des quarante dernières années, ont engrangé le plus grand nombre de réformes sont Michel Rocard et Lionel Jospin, tous deux protestants, assumés ou non. L’un et l ’autre savaient que leur temps à Matignon pouvait être très réduit, encore plus pour Lionel Jospin du fait de sa situation de cohabitation avec le président de la République. Alors l’un et l’autre se sont démultipliés pour maximiser le temps utile et l’action. Peut-être est-ce là une déclinaison de la responsabilité inhérente au protestantisme ? Pour Lionel Jospin, ce furent par exemple la loi sur les 35 heures, le Pacs, la loi SRU qui impose aux communes les plus peuplées d’avoir au moins 20 % de logements sociaux, la création de la Couverture maladie universelle (CMU), la parité en politique, la revalorisation des retraites agricoles, le développement du baccalauréat professionnel. Deux millions d’emplois furent créés entre 1997 et 2002, et la France connut une croissance économique à plus de 3 % par an, au point même de faire naître une polémique sur une supposée « cagnotte » à Bercy. Il reste le seul Premier ministre à avoir fait baisser la dette publique en dessous du fameux seuil de 60 % du PIB, sans austérité, avec une capacité à relancer la création de valeur dans notre pays et une augmentation du pouvoir d’achat.
La méthode Jospin
En politique, je ne crois pas que les choses arrivent d’elles-mêmes. Il peut y avoir des circonstances favorables, mais rien ne se fait seul. Aussi, l’ampleur des réalisations sous le quinquennat 1997-2002 témoigne d’une « méthode Jospin ». Cette méthode a sans doute plusieurs dimensions. Pour ma part, j’en vois une essentielle : la « dream team ». Lionel Jospin n’a pas cultivé l’aura de l’homme providentiel. En revanche, il a été capable d’être le chef d’orchestre de fortes personnalités, comme par exemple Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn pour le champ économique et social. Il fut aussi un Premier ministre qui n’a jamais utilisé le 49.3, s’astreignant à la négociation permanente au sein de la gauche plurielle où les équilibres politiques ne donnaient pas de majorité absolue à sa famille politique (les socialistes comptaient 250 députés, soit moins que les 289 requis pour la majorité absolue, atteinte seulement avec les communistes, les Verts et les radicaux de gauche).
Face au sérieux et à l’honnêteté de sa démarche, la défaite du 21 avril 2002 retentit pour beaucoup comme une injustice. Mais en politique, l’élection présidentielle sanctifie rarement l’action menée, elle semble plutôt répondre aux aspirations du moment, aspirations profondes et parfois presque secrètes de la société, et peut-être aussi à la recherche d ’un homme ou d ’une femme providentiel(le).
La conquête du pouvoir et son exercice découlent de ressorts bien différents. Quoi qu’il en soit, Lionel Jospin, comme Michel Rocard, restent des références pour l’exercice du pouvoir, et ce bien au-delà de leur famille politique.
