Un nouveau nom pour un hôpital toujours en mouvement

Dans le ciel de Talence, les grues tournent pour poser leur charge sur le nouveau chantier de l’extension de l’hôpital BAHIA. Nous vous proposons une rapide promenade dans le domaine de la Fondation Bagatelle à Talence, un hôpital pas comme les autres.

Nous ne sommes pas au Brésil, mais tout simplement sur le site de la Fondation Bagatelle de Bordeaux qui s’agrandit pour devenir un ensemble hospitalier civil et militaire (EHCM) non lucratif, unique en France, qui rassemblera, sur le site de Bagatelle, à compter de 2024, les activités sanitaires de la fondation (BA) et de l’hôpital d’instruction des armées (HIA) de Robert Picqué, soit : BAHIA.

 

Cela ne changera pas grand-chose pour l’organisation interne de l’hôpital civil qui affiche ses origines protestantes avec des autocollants de croix huguenotes stylisées sur les vitres ! 

 

La pasteure aumônier, Françoise Vinard, m’accueil le dans son bureau, où elle a rarement le temps de souffler car elle anime des cultes à la fondation et à la maison protestante de retraite Marie Durand en plus d’être souvent sur le « terrain ».

 

Une aumônier « de terrain »

 

Ce terme s’applique très bien car Françoise Vinard a été, pendant un long temps, aumônier aux armées, notamment au Val-de-Grâce à Paris. Ministère auquel elle a été préparée par une solide expérience comme pasteure de paroisse. Avant de prendre une retraite méritée, Françoise Vinard, a accepté de remplacer Éric de Bonnechose, l’ancien aumônier parti en 2021 qui est maintenant pasteur en Normandie. « Pour moi, l’aumônier est quelqu’un qui accompagne et qui surtout rencontre, voire qui réveille ». Ainsi elle a identifié, hors des lieux classiques d’action d’aumônerie (visites dans les chambres, chapelle, etc.), des endroits où sa présence est bienvenue. Par exemple, être présente régulièrement aux urgences. Tout simplement être là pour rencontrer et discuter avec des gens qui attendent, attendent longtemps, souvent pour un proche, dans l’angoisse et la solitude. Une parole et une écoute bienveillante permettent de traverser ce sas éprouvant, sans aucun prosélytisme. L’aumônier est là pour tous, sans distinction.

 

Toujours un lieu d’innovation

 

Il est vrai que, depuis sa création en 1863, la Fondation Bagatelle, reconnue d’utilité publique dès 1867, est un lieu d’innovation et d’expérience.

 

Cette longue tradition a commencé dès les origines avec la création de services inconnus à l’époque (comme les soins à domicile) et cela se poursuit avec la mise en place de l’hospitalisation à domicile dès les années 1980. À l’heure actuelle, il y a l’expérimentation du PAS, une équipe volante (un médecin, une infirmière et une sage-femme) qui va à la rencontre des SDF sans soins médicaux ou obstétricaux.

 

Juste en face de l’entrée, les locaux flambants neufs de La Rencontre John Bost (2022), « lieu de soins, lieu de vie, lieu de sens » selon sa devise, propose près de 100 lits pour soigner et accompagner le polyhandicap, les maladies neurodégénératives et les psychoses chroniques. Le tout en partenariat avec Bagatelle. 

 

Un patient au centre, un patient debout

 

Le président du conseil d’administration, Gabriel Marly, dans un entretien avec Réforme, résume bien le fondement spirituel et éthique de la Fondation Bagatelle : Placer le patient au centre, ça a toujours été comme ça depuis plus de 160 ans, alors que dans la médecine française, il y a 15 ans, dans de nombreux établissements, tout tournait autour du médecin, qui était au centre du système de soins. Je n’oublie jamais la dimension exceptionnelle de la fondation, qui n’est pas qu’un hôpital. On a trop tendance à ne parler que de l’hôpital, mais notre mission est globale. Ce qui fait la force de notre fondation, c’est ce périmètre, cette prise en compte de la personne d’avant la naissance jusqu’à la mort […]

 

La totalité de nos excédents d’exploitation revient à la fondation. L’argent que nous gagnons avec les soins classiques dans un hôpital a permis de financer un centre social, un dispensaire, une maison de santé où nous soignons des personnes dont nous ne connaissons pas le nom et qui sont rejetées par les cliniques privées à but lucratif.

 

Bagatelle fait honneur aux femmes de foi et de caractère

 

L’histoire et les valeurs de la Fondation Bagatelle sont étroitement liés à des figures féminines.

 

Il y a d’abord toutes ces femmes anonymes qui ont soutenu la création de la Maison Protestante de Santé de Bordeaux.

 

La fondation peut remercier Élisabeth Bosc qui lègue en 1914 son domaine de Bagatelle à Talence, permettant à l’hôpital de quitter l’étroitesse de Bordeaux centre et de s’agrandir à partir de 1920.

 

Mais c’est surtout la figure d’Anna Hamilton (1864-1935) qui se détache au premier plan : elle devient la première étudiante, en 1890, de la faculté de médecine de Marseille. Sa vocation a pour origine l’exemple de Florence Nightingale, qui fut la créatrice du premier service d’infirmières en Angleterre. Contre tous les préjugés (et Dieu sait s’il y en avait) de son époque, Anna Hamilton parvient à créer à Bordeaux, avec le soutien de la Fondation, la première école d’infirmières française. Elle transforme la « garde-malade » (souvent religieuse) juste bonne à changer les pansements et à laver les bassins, en une femme reconnue comme une auxiliaire indispensable à la médecine moderne. La Première Guerre montrera combien ses vues sont justes. Elle sera promue chevalier de la Légion d’Honneur en 1930.

 

 

 

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