Langues bibliques

Deux langues traversent l’énorme corpus que forme la Bible. Deux langues qui permettent de revenir aux sources du texte. Découvrons ces deux enseignements avec Jean-Pierre Albernhe, professeur d’hébreu et Philippe Lemoigne, professeur de grec.

De nombreuses traductions de la Bible ont déjà été faites. S’engager dans l’étude de l’hébreu biblique peut-il changer notre réception de ces textes ?

 

 

Pourquoi l’hébreu en théologie ?

 

La richesse d’un texte est fonction de la qualité du questionnement qu’il offre au lecteur, car même si les questions les plus essentielles ne trouvent pas de réponse, le seul fait de pouvoir les poser modifie notre relation au monde. Une traduction peut-elle conserver toute la subtilité de ce questionnement ?

 

L’hébreu biblique est une langue ancienne dont les 22 caractères de l’alphabet sont encore proches de leur signification pictographique. Que le livre de la Genèse commence par la deuxième lettre de l’alphabet le « Beth » (la maison, la dualité) n’est pas un hasard.

 

Les mots, les noms propres, se déclinent de racines primitives à 2 ou 3 caractères avec lesquelles ils gardent un lien fort qui offre un éventail riche de sens souvent différents d’une langue à l’autre.

 

Les nombres utilisés ont également un sens symbolique. Par exemple le nombre 40 est la valeur numérique de la lettre « Mem » qui a pour signification « les eaux, la gestation » avant l’apparition de la vie. Quelle naissance après 40 ans dans le désert, 40 jours de Déluge, 40 jours sur le Mont Sinaï pour Moïse, et également 40 jours pour Jésus tenté par le diable dans le désert ?

 

Sans oublier que la structure d’une langue est étroitement liée à une relation spécifique à l’espace et au temps, à un regard particulier sur le monde. Étudier l’hébreu ouvre ainsi un champ d’interprétations insoupçonnées qu’aucune traduction ne peut refléter dans sa globalité.

 

Un cours d’hébreu à l’IPT (© FGDB) 

 

Et pourquoi le grec ?

 

Le système linguistique du grec est bien différent de celui du français, ne serait-ce parce qu’il s’agit d’une langue où les éléments nominaux se déclinent, c’est-à-dire que leur forme dépend de leur fonction dans la phrase ; l’apprenti helléniste sera donc nécessairement amené à réfléchir sur la grammaire du français lui-même. Par ailleurs le système verbal du grec tourne en grande partie autour de la notion d’aspect, qui n’existe pour ainsi dire pas en français, où le verbe renvoie presque uniquement au temps où se déroule l’action. Apprendre le grec contribue ainsi à lire le monde autrement par le prisme de la langue.

 

Il est établi que l’intégralité du Nouveau Testament a été rédigée directement en grec. L’apprenti théologien se doit donc de lire ce corpus directement dans le texte, pour avoir un accès direct à l’Écriture, et ainsi ne pas dépendre de traductions, dont aucune n’est apte à rendre toutes les nuances de l’original. Nous avons là une manière indispensable de se former à l’esprit critique.

 

Il convient également de savoir qu’à partir du 3e siècle avant notre ère les juifs ont entrepris de traduire la Bible hébraïque en grec, sans doute parce que la connaissance de l’hébreu n’était plus partagée par l’ensemble de la communauté. Cette version grecque, appelée Septante (LXX), n’est plus canonique, mais a pendant plus d’un millénaire été à la base de la théologie à ses débuts et a inspiré la langue et le style du Nouveau Testament, et c’est elle qu’il cite le plus souvent.

#Enseignant à la fac de théologie #Spiritualité #Théologie

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